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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

La Colombie envisage d'enfermer ses détenus les plus dangereux sur des navires en pleine mer

Après le modèle carcéral extrême du Salvador de Nayib Bukele, c'est au tour de la Colombie de franchir un nouveau cap sécuritaire. Le président Abelardo de la Espriella, arrivé au pouvoir le 7 août dernier, étudie la création de prisons flottantes destinées aux chefs de groupes criminels les plus dangereux du pays. Un projet qui interroge autant qu'il inquiète les défenseurs des droits humains, et qui a pourtant déjà ses précédents, à peine évoqués, en Europe comme aux États-Unis.

Une réponse musclée au narcotrafic

C'est une source du ministère de la Défense colombien qui a confirmé l'information à l'AFP le 26 août : le gouvernement travaille sur un projet de navires-prisons destinés à accueillir, en haute mer, les détenus jugés les plus dangereux du pays. L'objectif affiché est clair, empêcher les évasions et surtout couper les chefs de bande de leurs réseaux à terre, alors que plusieurs d'entre eux continuent, depuis leur cellule, à commanditer assassinats et trafics de stupéfiants. Le dispositif impliquerait la Marine colombienne, chargée d'étudier la transformation d'un ou plusieurs bâtiments militaires en centres de détention de haute sécurité.

Cette annonce s'inscrit dans la ligne politique assumée par Abelardo de la Espriella depuis son investiture. Avocat et homme d'affaires converti à la politique, le nouveau chef d'État de droite dure a fait de la lutte frontale contre les groupes armés liés au narcotrafic sa priorité, avec le soutien affiché de Washington. Il a également annoncé vouloir répliquer, sur le sol colombien, le modèle des prisons de très grande capacité mis en place au Salvador par Nayib Bukele, référence assumée d'une gouvernance sécuritaire qui a fait du taux d'incarcération un argument politique.

Bibby Stockholm : quand la barge sert à enfermer des innocents

Le précédent le plus révélateur n'est pourtant pas celui d'une prison à proprement parler. Le Bibby Stockholm, cette barge de trois étages amarrée en juillet 2023 au port de Portland, dans le sud de l'Angleterre, n'était pas destinée à des criminels condamnés, mais à des demandeurs d'asile en attente du traitement de leur dossier. Prévue pour accueillir jusqu'à 500 personnes, elle a très vite viré au fiasco sanitaire et humain, une contamination du réseau d'eau à la légionellose a forcé l'évacuation des 39 premiers occupants quelques jours seulement après leur arrivée, avant leur retour deux mois plus tard sous la protestation d'associations et de riverains. En décembre 2023, un demandeur d'asile albanais de 27 ans a été retrouvé mort dans les sanitaires du bateau, dans ce que la police a traité comme un suicide probable. Rapidement surnommée « prison flottante » par les ONG, la barge a fini par être vidée fin 2024 puis fermée en janvier 2025 par le gouvernement travailliste, qui avait promis d'y mettre un terme.

Le cas Bibby Stockholm dit quelque chose de précis, on peut enfermer sur l'eau, dans des conditions dénoncées comme carcérales, des personnes qui n'ont commis aucun crime et dont le seul tort est de demander l'asile. Le débat, cette fois, a bien eu lieu, mais il a mis près de dix-huit mois à faire plier une administration.

Le précédent américain qu'on oublie de citer

Il existe un antécédent plus ancien encore, et bien plus durable, curieusement absent de la plupart des comparaisons évoquées ces derniers jours dans la presse. Pendant plus de trente ans, la ville de New York a fait fonctionner sa propre prison flottante, le Vernon C. Bain Correctional Center, surnommé « The Boat ». Amarrée au large du Bronx, face à Rikers Island, cette barge de 625 pieds a hébergé jusqu'à 800 détenus, en grande majorité des prévenus en attente de jugement, faute d'avoir pu payer une caution. Ouverte en 1992 comme solution soi-disant temporaire à la surpopulation carcérale de Rikers, elle n'a fermé qu'en 2023, après des années de mobilisation communautaire, plusieurs décès en détention et une réputation persistante de conditions de vie dégradées. Le bâtiment vient tout juste d'être définitivement remorqué et démantelé.

Contrairement au projet colombien ou au Bibby Stockholm britannique, ce dispositif n'a pratiquement jamais fait l'objet d'un débat international sur le principe même de la détention en mer. Sa fermeture, obtenue de haute lutte par des organisations locales, s'est jouée sur le terrain des conditions de détention et non sur celui de la légitimité d'enfermer des êtres humains sur une coque flottante pendant plus de trois décennies. Un silence révélateur, quand on sait que la population qui y a été enfermée était très majoritairement noire et latino. La mer, en matière carcérale, ne suscite visiblement pas la même indignation selon la rive d'où l'on regarde, ni selon la couleur de peau de ceux qu'elle retient.

Un symbole plus qu'une politique pénitentiaire

Au-delà de sa faisabilité, l'annonce colombienne s'inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent : celle d'une surenchère sécuritaire où l'image de la fermeté prime sur l'évaluation des résultats. Le succès électoral du modèle Bukele, célébré pour la baisse spectaculaire de la criminalité au Salvador mais largement dénoncé pour ses atteintes aux droits fondamentaux et l'opacité de ses conditions de détention, sert désormais de référence explicite à d'autres dirigeants de la région. Reste à savoir si la Colombie, confrontée à des défis judiciaires autrement plus lourds que ceux rencontrés en Belgique, au Royaume-Uni ou à New York, ira au bout de ce projet, ou si les navires-prisons resteront, comme ailleurs, à quai — le temps, peut-être, que l'opinion se souvienne que l'Amérique du Nord comme l'Europe ont déjà fait, chacune à leur manière, la démonstration qu'on pouvait enfermer sur l'eau sans que cela n'émeuve grand monde, ni très longtemps.