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Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar victimes d’un vaste trafic de faux vinyles

Une entreprise clandestine installée à Londres a fabriqué et vendu pendant plusieurs années des milliers de faux vinyles de grands artistes internationaux. Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar figurent parmi les artistes dont les œuvres ont été contrefaites. Le responsable de cette opération, qui aurait généré près de 2,75 millions de livres sterling, vient d’être condamné à trois ans et demi de prison. Le vinyle connaît une nouvelle jeunesse. Et avec lui, un marché parallèle particulièrement lucratif pour les contrefacteurs. Au Royaume-Uni, l'affaire Rehan Ahmed vient de révéler l'ampleur que peut prendre ce phénomène. Cet homme de 40 ans, originaire de Southall, dans l'ouest de Londres, dirigeait une véritable unité clandestine de fabrication de disques dans le quartier d'Acton, sous le nom de Phoenix of Vinyl. L'installation fonctionnait à une échelle industrielle et produisait des copies non autorisées d'enregistrements appartenant à 108 arti...

On nous fait la morale. Voici leur bulletin

On nous accuse, encore et toujours, d'un déficit d'éducation. Mais qui sont ceux qui portent ce jugement, et que valent leurs propres décisions au regard de ce qu'ils exigent de nous ?

Le refrain revient avec une régularité qui finit par sonner comme un rituel. Il faudrait « réapprendre » à élever nos enfants, retrouver le sens de l'autorité, du respect, du cadre. Le discours vient de partout : commentateurs, responsables politiques, éditorialistes, institutions diverses, tous convaincus de détenir une compétence éducative que nous aurions perdue, ou jamais possédée. L'accusation est ancienne, elle a simplement changé d'habillage. Elle continue de désigner les mêmes familles, les mêmes quartiers, les mêmes héritages culturels, comme des lieux de carence à corriger.

Pourtant, dans l'immense majorité de ces familles, les enfants grandissent avec un sens aigu du respect, de la solidarité, de l'effort et de la dignité. Ce sont des valeurs transmises, vécues, incarnées au quotidien, bien avant d'être théorisées dans un rapport ou un plateau télé. L'écart entre le discours qu'on nous inflige et la réalité qu'on observe sur le terrain est si large qu'il finit par interroger non pas ceux qu'on accuse, mais ceux qui accusent.

Qui décide, et au nom de quoi

Car il y a une question que ce discours évite soigneusement : qui sont, précisément, ceux qui prennent chaque jour des décisions aux conséquences profondément dommageables pour autrui ? Ce ne sont pas des familles anonymes qui pilotent l'école publique, la protection de l'enfance ou l'aménagement du territoire. Ce sont des responsables identifiés, formés, diplômés, occupant des positions de pouvoir depuis des décennies. Et c'est précisément cette population-là qui s'autorise, depuis cette position, à distribuer les bons points en matière d'éducation.

Les chiffres que les donneurs de leçons devraient regarder

Commençons par l'école elle-même, cadre que l'on nous somme de respecter. Malgré une baisse démographique continue et une communication officielle qui se félicite d'un encadrement en amélioration, la France comptait, à la rentrée 2025, environ 21 élèves en moyenne par classe en primaire, un niveau resté supérieur à la moyenne des pays comparables. Sur le fond du taux d'encadrement, l'écart est net : la France compte un enseignant pour 18,2 élèves en élémentaire, contre une moyenne OCDE de 14 élèves par enseignant — la France se classe derrière l'essentiel des pays européens comparables sur ce critère. 

Sur le personnel devant les classes, le tableau est plus sombre encore. À la rentrée 2025, une enquête syndicale menée dans un millier d'établissements a établi qu'il manquait au moins un professeur dans 55 % des collèges et lycées, et que les équipes étaient incomplètes dans 73 % d'entre eux, tous personnels confondus — enseignants, AESH, CPE. Ce chiffre n'est pas réparti équitablement sur le territoire : dans les académies de Versailles et de Lyon, environ sept établissements sur dix se trouvaient sans professeur sur au moins un poste. Même le ministère reconnaît que près de 2 500 postes d'enseignants sont restés vacants dans le secondaire à cette rentrée. Autrement dit : dans une partie significative du territoire, l'État lui-même ne parvient pas à tenir la promesse d'un professeur devant chaque classe — celle-là même sur laquelle il nous juge. 

Vient ensuite un sujet que l'on préfère taire, tant il dérange le confort de la métropole : l'eau. Il y a bien, en France, des écoles où les enfants n'ont pas d'eau courante au robinet. À Mayotte, département français, près d'un tiers de la population est privée d'eau courante, avec des coupures pouvant durer jusqu'à 96 heures d'affilée à certaines périodes, y compris pendant l'année scolaire. En Guadeloupe, des coupures d'eau ont contraint des écoles entières à fermer leurs portes, la population alternant entre pénuries chroniques et périodes où l'eau du robinet est jugée impropre à la consommation. Ce ne sont pas des cas isolés dans un pays lointain : ce sont des enfants français, scolarisés dans des établissements publics de la République, qui apprennent sans pouvoir boire au robinet ni se laver les mains dans de bonnes conditions. 

Reste, enfin, l'Aide sociale à l'enfance — l'institution censée incarner, plus que toute autre, la protection que l'on nous somme d'assurer nous-mêmes à nos enfants. Une commission d'enquête parlementaire, dans un rapport rendu en avril 2025, a dressé un constat sans détour : il manque environ 30 000 postes pour accueillir correctement les quelque 400 000 jeunes suivis par l'ASE en France. Les conséquences se mesurent en vies abîmées : le passage par l'ASE est associé à une perte de vingt années d'espérance de vie, et trois jeunes sur quatre parmi ceux qui se prostituent, ainsi qu'un enfant sur deux suivi en hôpital psychiatrique, sont passés par ce système. Dans les pouponnières, qui accueillent les enfants de moins de trois ans, le taux d'occupation moyen atteint 108 %, et plus de huit établissements sur dix dépassent le seuil réglementaire de six berceaux par chambre. 

Voilà, factuellement, ce que produit — ou ce que néglige — le système piloté par ceux qui se posent en juges de notre capacité à élever nos enfants. Des classes surchargées faute de moyens suffisants. Des salles sans professeur, des mois durant, dans les académies les plus en tension. Des écoles sans eau. Une protection de l'enfance à bout de souffle, documentée noir sur blanc par leurs propres institutions.

Les fondamentaux qu'ils semblent avoir oubliés

Le vivre-ensemble. Non pas comme slogan, mais comme pratique quotidienne de la considération pour l'autre. Le partage, au sens le plus concret : celui des ressources, des postes, de l'attention portée à ceux qui en ont le moins. Le refus de nuire, sous quelque forme que ce soit, y compris les formes les plus diffuses — la négligence institutionnelle, la décision budgétaire prise sans se soucier de qui elle abîme. Le respect de la liberté et de la dignité d'autrui, qui suppose de ne pas parler à la place des gens, de ne pas décider pour eux ce qu'ils devraient être. La transmission du savoir, honnête et désintéressée — ce qui suppose d'abord qu'il y ait un professeur devant la classe. Et cette capacité, enfin, à s'éloigner de ce qui nuit — à soi, aux autres, au collectif — plutôt qu'à s'en accommoder tant que cela ne les touche pas directement.

Renverser la focale

Il ne s'agit pas de nier qu'il existe, ici comme ailleurs, des situations familiales difficiles. Aucune communauté n'a le monopole de la vertu. Mais généraliser un discours de suspicion à l'endroit d'un groupe entier, sur la base de préjugés recyclés depuis des décennies, relève moins de l'analyse sociale que de la commodité idéologique — et les chiffres ci-dessus montrent où se trouve, en réalité, la véritable défaillance systémique.

La vraie question à poser, collectivement, n'est donc pas « pourquoi n'arrivez-vous pas à éduquer vos enfants ? », mais « qui, dans les positions de pouvoir, laisse s'installer des classes sans professeur, des écoles sans eau et une protection de l'enfance exsangue, tout en donnant des leçons sur la manière d'élever un enfant ? ». Ce sont ces décisions-là qui mériteraient un audit, une évaluation, un stage de remise à niveau sur ce que signifie, concrètement, ne pas nuire à autrui.