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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Zuckerberg ou l'art de rendre accros

 

Le 27 août 2026, Meta a signé un accord à l'amiable avec 47 États américains qui le poursuivaient pour avoir délibérément mis en danger ses plus jeunes usagers. Derrière ce règlement judiciaire se cache une mécanique bien plus profonde qu'un simple manquement éthique : le recours conscient aux neurosciences pour exploiter les vulnérabilités des cerveaux adolescents. Retour sur une stratégie de prédation qui doit autant à Wolfram Schultz qu'à Mark Zuckerberg.

Le statisticien de Yale Edward Tufte aimait rappeler qu'il n'existe que deux industries qui qualifient leurs clients d'« usagers » : les dealers de drogue et les fabricants de logiciels. La formule, cinglante, prend tout son sens à la lecture du dossier qui vient d'être clos entre Meta et 47 États américains. On y apprend que l'entreprise savait, grâce à ses propres études internes, que ses plateformes mettaient en danger la santé mentale des plus jeunes — et qu'elle a choisi, en toute connaissance de cause, de ne rien faire.

Un double discours bien connu

Le scénario n'est pas nouveau. On pense aux fabricants de cigarettes, qui savaient leurs produits nocifs tout en clamant publiquement le contraire. On pense à Takata, qui a continué de vendre ses airbags en toute connaissance de leur dangerosité. Meta s'inscrit dans cette même lignée : des études internes accablantes, un silence public assourdissant. Comme le résume la lanceuse d'alerte Frances Haugen, à l'origine des Facebook Papers : ce qui était bon pour les affaires de l'entreprise était mauvais pour ses usagers, et Mark Zuckerberg a systématiquement tranché en faveur des premières.

La hantise de Myspace

Pour comprendre ce choix, il faut remonter à l'obsession fondatrice de Zuckerberg : ne jamais connaître le sort de Myspace ou de MSN Messenger, ces réseaux jadis incontournables et aujourd'hui disparus. Cette terreur de l'obsolescence a produit deux formes de prédation. La première, passive, consiste à s'opposer systématiquement à toute mesure de sécurité générant de la friction, de peur de voir les usagers migrer chez la concurrence. La seconde, active, va plus loin : elle mobilise directement les neurosciences pour optimiser la réponse dopaminergique des cerveaux adolescents.

Ce que la science sait de la récompense

Le terme « addiction » appliqué aux réseaux sociaux reste débattu dans la communauté médicale. Mais un fait neuroscientifique n'est, lui, pas contesté : chez les adolescents, le nucleus accumbens — la zone qui traite les récompenses — se développe bien plus vite que le cortex préfrontal, celui qui permet d'évaluer les risques et de contrôler ses impulsions. Cette asymétrie crée une vulnérabilité particulière aux mécanismes de récompense.

Les travaux de B.F. Skinner sur l'apprentissage par renforcement, puis ceux du neuroscientifique Wolfram Schultz sur les neurones dopaminergiques, ont établi un point contre-intuitif mais décisif : la dopamine ne signale pas le plaisir en lui-même, mais l'incertitude d'une récompense à venir. Un gain certain n'active presque plus les neurones dopaminergiques. Un gain imprévisible, en revanche, les suractive. C'est très exactement le principe qui sous-tend l'expression populaire selon laquelle un euro gagné au pari vaut plus que trois euros gagnés en travaillant.

Notifications, scroll infini et « school blasts »

Meta a appliqué ce principe avec une précision chirurgicale. Les notifications sont volontairement retardées de façon irrégulière — jamais à intervalles réguliers, toujours de façon imprévisible — pour maximiser l'impact sur les neurones dopaminergiques. L'algorithme calcule même le moment où l'utilisateur est le plus susceptible de quitter l'application pour y déclencher, précisément à cet instant, l'envoi d'une notification gratifiante.

Le geste de rafraîchissement du flux — le fameux pull-to-refresh — a lui aussi été détourné de sa fonction technique. La flèche circulaire continue de tourner même lorsque le réseau est excellent et qu'aucun chargement n'est nécessaire, reproduisant délibérément l'effet d'une machine à sous. Le contenu qui suit est lui-même distribué de façon intermittente : parfois un flux médiocre, parfois une vidéo virale, parfois une fausse information qui confirme les croyances de l'utilisateur et déclenche une « grande récompense ».

Enfin, dès 2017, Zuckerberg fixait un objectif sans ambiguïté : que les adolescents passent un maximum de temps sur ses plateformes. Les équipes de Meta ont alors conçu les « school blasts », des vagues de notifications ciblant spécifiquement les jeunes dont la géolocalisation indique qu'ils se trouvent en établissement scolaire — dans le but explicite, selon un e-mail interne, qu'aucun adolescent ne puisse traverser un cours de chimie sans consulter son téléphone.

Le refus systématique de toute friction

À cette prédation active s'ajoute une prédation passive tout aussi documentée. Meta savait dès 2019 que des adultes inconnus contactaient des mineurs sur Instagram. Le passage des comptes ados en privé par défaut, qui aurait supprimé 5,4 millions d'interactions indésirables par jour, n'a été mis en œuvre qu'en 2024 — cinq années durant lesquelles l'entreprise a jugé cette mesure trop coûteuse pour sa croissance.

Même logique concernant la désinformation et les discours de haine : les mécanismes de « frictionnement de la viralité » proposés en interne — limiter les partages, exiger un commentaire avant repartage — ont été rejetés par Zuckerberg lui-même, malgré des études démontrant leur efficacité. Des responsables politiques européens ont même confié à Meta se sentir contraints de publier du contenu haineux pour espérer une visibilité minimale.

Où s'arrête l'UX, où commence la prédation ?

Reste une question de fond : peut-on reprocher à une entreprise de réseaux sociaux d'être « trop efficace » dans son cœur de métier — créer une expérience utilisateur agréable ? La comparaison la plus juste est peut-être celle du cyclisme. Une plateforme dotée d'une excellente UX, qui cible des adultes au cerveau pleinement formé, gagne loyalement. Meta, en ciblant délibérément des cerveaux adolescents encore en construction à l'aide des neurosciences, se rapproche davantage du coureur dopé qui ne remporte le Tour qu'en mettant sa santé — et celle des autres — en danger.

Un argumentaire déjà entendu

L'argument mobilisé par Zuckerberg pour justifier son inaction — introduire de la friction reviendrait à pousser ses usagers vers la concurrence — n'est pas sans écho. C'est le même raisonnement que déploient les agriculteurs opposés à l'interdiction des pesticides, ou que brandissent aujourd'hui les géants de la tech pour s'opposer à toute régulation forte de l'intelligence artificielle : si nous ne le faisons pas, d'autres le feront à notre place. Un argument qui ne résiste que tant que la santé publique n'est pas replacée au cœur de la décision politique.