En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit.
Un samedi qui referme une porte
Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite.
Les rois ont vieilli
Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman ont régné ensemble sur les poids lourds, les poids moyens et les mi-moyens. Aucun ne détient plus de ceinture. Adesanya n’a plus gagné à l’UFC depuis avril 2023. Ngannou, qui a quitté la ligue en 2023, a rompu en mars avec le PFL, dont il devait pourtant incarner le projet africain, avant de revenir dans la cage en mai sous la bannière de MVP, face à Philipe Lins. Loin de l’UFC, donc loin de l’équation des meilleurs. Dricus du Plessis, ancien champion des poids moyens, reste la figure sud-africaine du haut du tableau, mais seul.
Un détail mérite qu’on s’y arrête : ces trois rois ont bâti leur carrière hors du continent. Ngannou en France, Adesanya en Nouvelle-Zélande, Usman aux États-Unis. L’Afrique a fourni les corps, les histoires et la fierté ; les salles, les contrats et les ceintures se sont décidés ailleurs. L’ère des « Three Kings » dit autant la force de ces trajectoires que la faiblesse des structures du continent pour les produire sur place.
Une entrée au compte-gouttes, sous conditions
La dernière signature africaine de l’UFC en donne la mesure. Le 29 septembre, à Las Vegas, le Sénégalais Adama Diop, 31 ans, ancien champion des poids lourds de l’Hexagone MMA et de l’EFC, a battu le Russe Zaurbek Sabanov au Dana White’s Contender Series. Il devient le premier Sénégalais sous contrat UFC. Mais Dana White a jugé son combat « horrible », bâclé, et justifié la signature par son âge et par ce qu’il deviendrait sans cette chance. Difficile d’y lire l’accueil réservé à un espoir.
Ceux qui ont déjà franchi la porte ne sont pas tous restés. Le Zimbabwéen Themba Gorimbo, devenu le premier de son pays à gagner à l’UFC, a pris sa retraite en mai, à 35 ans, après trois défaites de suite. Il a dit avoir voulu devenir champion et ne pas y être parvenu. Sa trajectoire avait ému Dwayne Johnson, qui lui avait offert une maison à Miami. L’Ougandais David Onama, classé dans le top 15 des poids plumes, n’a plus combattu depuis sa défaite de novembre 2025 face à Steve Garcia.
Des ligues africaines, un entonnoir encore étroit
Les structures continentales existent pourtant, et elles se développent. Le 10 octobre, le PFL Africa a posé ses valises à Casablanca, pour sa première étape en Afrique du Nord, avec des combattants de neuf pays et des finales prévues en décembre à Kigali. Le Sénégalais Abdoulaye Kane y a dominé le Marocain Badr El Madkouri dès le premier round. Dans le deuxième combat principal, le Franco-Algérien Yanis Ghemmouri s’est imposé aux points face à Taha Bendaoud. Une tête d’affiche qui n’avait connu que la défaite en deux combats à l’UFC, entre 2023 et 2024. Le message est clair : entre ces ligues et l’élite, l’écart reste net.
Manel Kape, l’espoir le plus concret
Le principal espoir porte un nom : Manel Kape. Né à Luanda, 32 ans, le poids mouche angolais enchaîne quatre victoires par arrêt, dont celle de juin face à Kyoji Horiguchi. Il vise le champion Joshua Van, Américano-Birman, qui vient de défendre sa ceinture face à Alexandre Pantoja. Le combat n’est pas encore officiellement annoncé : Kape évoque lui-même janvier 2027.
Derrière lui, il faudra du temps. Gautier a de longues années devant lui, Onama voudrait relancer sa carrière, Diop doit prouver qu’il mérite son contrat. Ce sont des paris, pas des certitudes. Une victoire de Kape ne comblerait pas le vide laissé par les trois rois, mais elle rappellerait aux combattants africains qu’on peut encore, de là-bas, viser la ceinture. Reste la question que l’ère des « Three Kings » laisse en héritage : combien de temps le continent continuera-t-il à former des talents que d’autres couronnent ?
