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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Aux quatre coins du monde, la jeunesse s’insurge contre le pouvoir

Corruption, précarité, services publics défaillants, restrictions des libertés, accès aux réseaux sociaux : sur plusieurs continents, les jeunes contestent les décisions de leurs dirigeants et réclament davantage de prise sur leur avenir. Des outre-mer français aux lycées de l’Hexagone, de Madagascar au Népal, du Maroc à la Serbie, du Pérou aux États-Unis, les mobilisations se sont multipliées. Un an plus tard, le bilan reste contrasté : des gouvernements sont tombés, des politiques ont été abandonnées, mais la réponse des pouvoirs est le plus souvent la force, puis l’usure. Une génération fait entendre sa voix, sans former pour autant un mouvement mondial homogène.

En France, l’attention se porte actuellement sur les mouvements lycéens. Mais ce n’est pas la première secousse : dès 2024, les outre-mer ont ouvert la marche. Et s’arrêter aux frontières nationales, ce serait passer à côté d’un phénomène bien plus vaste. Depuis 2024, et plus encore en 2025, des mobilisations de jeunes secouent plusieurs continents. Elles dénoncent la corruption, les inégalités, le manque de perspectives, les atteintes aux libertés politiques et des décisions publiques qui frappent directement leur quotidien.

Le rapport 2026 de CIVICUS, organisation internationale spécialisée dans l’observation de la société civile, consacre une analyse à cette vague. Bulgarie, Grèce, Inde, Indonésie, Madagascar, Maroc, Népal, Macédoine du Nord, Philippines, Serbie, Pérou, Tanzanie, Timor-Leste, Togo et Turquie figurent parmi les pays concernés. L’Australie offre un cas différent, mais révélateur d’un autre conflit entre pouvoirs publics et jeunesse : l’accès aux réseaux sociaux. Quant à Hong Kong, son histoire récente montre comment un mouvement démocratique peut perdre ses capacités d’action sous la pression des autorités.

Ces situations ne forment pas une révolution unique. Elles témoignent toutefois d’une défiance qui traverse les générations et les frontières.

France : les outre-mer ont ouvert la marche

Avant le Kenya, avant le Népal, la contestation a d’abord gagné les outre-mer français. Le 13 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie s’embrase. Une manifestation indépendantiste contre la réforme constitutionnelle du corps électoral aux élections provinciales dégénère en émeutes et en pillages. Les Kanak y voient une manœuvre pour minoriser encore davantage le peuple autochtone. À la colère contre la réforme se mêle la colère sociale d’un archipel où plus de 25 % des jeunes sont au chômage. L’état d’urgence est décrété du 15 au 28 mai. Le bilan est de 14 morts, dont deux gendarmes, et de milliards d’euros de dégâts selon les estimations.

Deux ans plus tard, la question qui avait mis le feu aux poudres n’est pas tranchée. L’accord de Bougival, signé le 12 juillet 2025 mais rejeté par le FLNKS, prévoyait d’ouvrir le corps électoral aux Français résidant depuis quinze ans sur l’archipel. L’Assemblée nationale a rejeté le 3 avril 2026 le projet de loi constitutionnelle censé le mettre en œuvre, ce qui enterre ces dispositions.

À l’automne 2024, c’est au tour de la Martinique. Le 1er septembre, à l’appel du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes (RPPRAC), plusieurs centaines de personnes bloquent le port de Fort-de-France pour réclamer l’alignement des prix alimentaires sur ceux de l’Hexagone. Selon l’Insee, ces prix y sont environ 40 % plus élevés, et 42 % en Guadeloupe, où des rassemblements ont lieu simultanément. Le mouvement, lancé sur les réseaux sociaux, ranime la lutte contre la « pwofitasyon » : en 2009 déjà, les collectifs LKP en Guadeloupe et K5F en Martinique avaient mené une grève générale contre la vie chère. Les semaines suivantes sont marquées par des barrages, des émeutes, des pillages, un couvre-feu et des restrictions du droit de manifester. Des jeunes cagoulés tiennent plusieurs barrages.

Le 16 octobre 2024, un protocole entre l’État, la collectivité territoriale et la grande distribution promet une baisse de 20 % sur plus de 6 000 produits. Le RPPRAC refuse de le signer et appelle à poursuivre le mouvement. Deux ans plus tard, le bilan est mince. Dans un avis du 10 février 2026, l’Autorité de la concurrence juge les outils mis en place « utiles mais insuffisants ». Fin octobre 2025, le Sénat a adopté un projet de loi contre la vie chère dans les outre-mer, jugé trop timide par les parlementaires eux-mêmes, et son examen à l’Assemblée a été reporté fin novembre pour le « renforcer ». Des élus ultramarins rappellent dans leurs amendements que ces marchés oligopolistiques sont hérités du temps des colonies.

Ces mobilisations ne portent pas l’étiquette « Génération Z » et ne se réduisent pas à une classe d’âge. Elles partagent pourtant des ressorts avec le reste de la vague : le coût de la vie, un avenir jugé bouché, des institutions perçues comme lointaines et un appel lancé en ligne. Elles rappellent que cette contestation ne concerne pas seulement des pays éloignés : elle traverse aussi la République.

Dans l’Hexagone, le mouvement lycéen démarre en région parisienne à la mi-septembre 2026, avant de gagner Marseille, Lille, Rennes ou Strasbourg. Le 5 octobre, plus de 400 lycées sont totalement ou partiellement perturbés, selon le ministère de l’Éducation nationale. Les lycéens dénoncent des bâtiments dégradés, des classes surchargées, le manque d’enseignants, des stages non assurés et Parcoursup. Les blocus s’accompagnent de violences : 119 élèves et personnels ont été blessés au 1er octobre, selon l’AFP. Le ministre Édouard Geffray ouvre une plateforme de concertation, ouverte jusqu’au 23 octobre, tandis que les syndicats lycéens, rejoints par les étudiants, maintiennent la pression avec de nouvelles journées de mobilisation, dont celle du 6 octobre.

Madagascar : la révolution ne s’arrête pas à la chute d’un président

À Madagascar, la contestation éclate le 25 septembre 2025. Les coupures d’eau et d’électricité, parfois de vingt heures par jour, deviennent insupportables. La colère dépasse vite le quotidien pour viser la corruption, la mauvaise gouvernance et l’absence de perspectives pour la jeunesse. Le mouvement Gen Z Madagascar, porté par des lycéens et des étudiants organisés sur les réseaux sociaux, rassemble des manifestants dans plusieurs villes.

La répression est meurtrière. Fin septembre, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, fait état d’au moins 22 morts et de centaines de blessés, manifestants comme passants. Le pouvoir conteste ce bilan. Les images de la violence amènent pourtant davantage de monde dans la rue.

Le basculement vient de l’armée. L’unité d’élite CAPSAT annonce qu’elle ne tirera plus sur la foule et prend le contrôle de l’appareil militaire. Le 14 octobre, l’Assemblée nationale destitue Andry Rajoelina, qui a quitté le pays. Le colonel Michaël Randrianirina, chef de la CAPSAT, prête serment comme président de la transition le 17 octobre. L’Union africaine suspend Madagascar.

Un an plus tard, la question posée par ce soulèvement garde toute sa force : que reste-t-il d’une révolution lorsque ceux qui l’ont portée ne participent pas à l’ordre politique qui lui succède ? En mars 2026, le colonel limoge l’ensemble de son gouvernement, et la nouvelle équipe ne compte aucun représentant du mouvement Gen Z. Une feuille de route publiée en février prévoit des consultations nationales en 2026, une nouvelle Constitution, puis une présidentielle fin 2027. La corruption, la pauvreté, le chômage et les défaillances des services publics demeurent au cœur des préoccupations.

Népal : la censure numérique déclenche une crise, les urnes la prolongent

Au Népal, le déclencheur est différent. En septembre 2025, le gouvernement interdit 26 plateformes de réseaux sociaux qui ne se sont pas conformées à ses exigences d’enregistrement. Pour une jeunesse qui s’en sert pour communiquer, s’informer et dénoncer les privilèges des élites, la mesure devient le symbole d’une atteinte à la liberté d’expression. La colère contre la censure rejoint celle contre la corruption, les inégalités et le train de vie des dirigeants.

Les forces de sécurité recourent à une violence meurtrière : au moins 19 personnes sont tuées dès le 8 septembre. Le lendemain, des bâtiments officiels sont incendiés, dont le Parlement et la Cour suprême. Au total, au moins 76 personnes meurent en deux jours. Le Premier ministre K. P. Sharma Oli démissionne et l’interdiction est levée.

Les réseaux sociaux jouent un rôle central. Sur Discord, environ 10 000 personnes, au Népal et dans la diaspora, débattent pour désigner la personnalité qui dirigera la transition. L’ancienne présidente de la Cour suprême, Sushila Karki, est nommée Première ministre par intérim, le Parlement est dissous et des élections sont fixées au 5 mars 2026. Les premiers mois déçoivent une partie des manifestants : peu de dossiers de corruption sont ouverts et les responsables des violences contre les protestataires ne sont pas poursuivis.

Puis viennent les urnes. Le 5 mars 2026, le Rastriya Swatantra Party (RSP) remporte un scrutin historique : 182 sièges sur 275, selon la commission électorale, la plus large majorité depuis plus de soixante ans. Le Congrès népalais et le parti d’Oli sont largement distancés. Figure de proue du RSP, Balendra « Balen » Shah, ancien rappeur devenu maire de Katmandou, bat Oli dans sa propre circonscription et devient Premier ministre.

Le Népal montre donc qu’une victoire de la rue peut trouver un débouché électoral. Le Bangladesh rappelle pourtant que rien n’est acquis : le mouvement de la jeunesse y a chassé le pouvoir en 2024, mais le parti issu de la contestation n’a obtenu que quelques sièges aux élections de février 2026, selon CIVICUS. Reste à savoir si le Népal apportera les institutions durables que réclamait la jeunesse, ou si l’immense espoir placé dans un homme déplacera le problème sans le résoudre.

Maroc : les services publics au cœur de la colère

À partir de septembre 2025, le mouvement GenZ 212 apparaît au Maroc, son nom reprenant l’indicatif téléphonique du royaume. Ses revendications portent sur l’accès à des soins de qualité, l’éducation, l’emploi et les inégalités sociales. L’indignation est nourrie par la mort de huit femmes en couches dans un même hôpital d’Agadir en moins de trois semaines. Ces décès deviennent le symbole des défaillances du système de santé, alors que de grands investissements sont consacrés aux infrastructures sportives, notamment pour la Coupe du monde de football 2030. Comment accepter des projets prestigieux quand des besoins essentiels restent insatisfaits ?

Les manifestations donnent lieu à des arrestations et à des affrontements : CIVICUS rapporte au moins trois morts et au moins 400 arrestations. Comme au Népal, Discord sert à coordonner le mouvement, délibérément décentralisé, qui y vote ses prochaines actions et y tient des réunions ouvertes. Le gouvernement a fini par accepter d’augmenter les budgets de l’éducation et de la santé : une concession réelle, mais loin d’une refonte du système.

Kenya : une génération face aux impôts et aux privilèges

Le Kenya connaît dès 2024 une importante mobilisation de jeunes contre un projet de loi de finances prévoyant de nouvelles taxes. La contestation s’élargit à la corruption, au coût de la vie et à la responsabilité des dirigeants. Le président William Ruto renonce au texte, sans mettre fin à la défiance envers les institutions.

En 2025, de nouvelles mobilisations sont marquées par des violences policières. Selon CIVICUS, 65 personnes sont tuées et plus de 1 500 arrêtées entre le 25 juin et le 11 juillet, dont 38 morts pour la seule journée du 7 juillet d’après l’autorité kényane de supervision de la police. Fin 2025, Human Rights Watch relevait que personne n’avait été poursuivi pour ces 65 morts.

L’expérience kényane montre qu’un gouvernement peut reculer sur une mesure précise sans répondre à la crise de confiance qui l’a rendue explosive. La jeunesse ne réclame plus seulement le retrait d’une taxe : elle interroge le fonctionnement de l’État, la gestion de l’argent public et la possibilité de demander des comptes.

Tanzanie et Togo : quand le pouvoir ne cède pas

Le cas tanzanien est moins connu, mais c’est l’un des plus meurtriers de la vague. Le 29 octobre 2025, la présidente Samia Suluhu Hassan est reconduite à l’issue d’un scrutin dont les principaux opposants ont été écartés ou emprisonnés, Tundu Lissu en tête, poursuivi pour trahison. Les observateurs de l’Union africaine estiment que l’élection n’a pas respecté les standards démocratiques. Des manifestations menées par des jeunes éclatent, dans un pays coupé d’internet du 29 octobre au 3 novembre. Les forces de sécurité tirent à balles réelles. Le bilan reste disputé : l’ONU parle de centaines de morts, le parti d’opposition Chadema de plus de 1 000, et le gouvernement conteste ces chiffres. Des centaines de personnes sont ensuite inculpées pour trahison.

Au Togo, la contestation s’est élevée contre des manœuvres visant à prolonger un pouvoir dynastique. Les forces de sécurité y ont tué au moins sept personnes, selon CIVICUS.

Contrairement à Madagascar ou au Népal, ces mobilisations n’ont pas fait vaciller le pouvoir. Elles rappellent que la jeunesse ne l’emporte pas partout, et que la répression peut refermer l’espace public avant qu’un mouvement ait eu le temps de s’organiser.

Indonésie et Philippines : contre les privilèges et la corruption

En Indonésie, les manifestations de 2025 dénoncent les avantages accordés aux parlementaires, dans un contexte de difficultés économiques et de défiance envers les élites. La colère s’intensifie après la mort d’un jeune homme renversé par un véhicule des forces de sécurité. Le Parlement abandonne les nouvelles indemnités et ouvre le dialogue avec des représentants étudiants, mais les violences et les arrestations montrent que les concessions ne suffisent pas à rétablir la confiance.

Aux Philippines, la colère se cristallise autour de soupçons de corruption liés aux projets de lutte contre les inondations, dans un pays particulièrement exposé aux typhons. Les jeunes sont rejoints par des agriculteurs, des enseignants, des professionnels de santé et des organisations religieuses. La contestation dépasse sa base générationnelle pour devenir une mobilisation sur la responsabilité des dirigeants.

Serbie : les étudiants contre l’impunité

En Serbie, la mobilisation étudiante prend une ampleur considérable après l’effondrement, en novembre 2024, de l’auvent de la gare de Novi Sad, qui fait 16 morts et provoque des accusations de négligence et de corruption dans les travaux publics. Les étudiants réclament la transparence, la publication des documents du chantier et la responsabilité des personnes impliquées.

Le mouvement s’étend à d’autres catégories de la population, structuré par des assemblées étudiantes ouvertes puis des assemblées citoyennes, sans direction unique. Des marches symboliques vers Bruxelles et Strasbourg visent à attirer l’attention des institutions européennes, dont une marche de 16 jours, un jour pour chaque victime de la gare. Selon CIVICUS, les protestations durent depuis plus d’un an. La Serbie rappelle qu’une catastrophe peut cristalliser une défiance accumulée et transformer une demande de transparence en contestation du fonctionnement même du pouvoir.

Pérou, Mexique, Argentine : des jeunesses mobilisées, des colères différentes

Au Pérou, les manifestations de la « Génération Z » démarrent le 20 septembre 2025, après l’adoption d’une réforme des retraites qui oblige les jeunes adultes, notamment les indépendants, à cotiser auprès de gestionnaires de fonds privés. La réforme restreint aussi, pour les moins de 40 ans, la possibilité de retirer l’essentiel de leur épargne à la retraite. Le Congrès recule en partie, mais la colère ne retombe pas : elle vise désormais la corruption, l’insécurité, les extorsions du crime organisé, les violences policières et l’impunité. La présidente Dina Boluarte est destituée le 10 octobre. Le 15 octobre, lors d’une manifestation contre son successeur José Jerí, le rappeur Eduardo Ruiz, 32 ans, est tué par un tir de policier, et l’état d’urgence est décrété à Lima. Sous le gouvernement Boluarte, 50 personnes avaient déjà été tuées lors de manifestations, sans que les responsables soient sanctionnés, selon une militante interrogée par CIVICUS. La crise de confiance est ancienne.

Au Mexique, l’étiquette « Génération Z » apparaît après l’assassinat, le 1er novembre 2025, du maire d’Uruapan, Carlos Manzo, qui avait fait de la lutte contre les cartels sa ligne politique. Le 15 novembre, une marche réunit environ 17 000 personnes à Mexico, contre la violence, la corruption et l’impunité, avec des drapeaux One Piece et les chapeaux de paille de Manzo. Elle se termine par des heurts : 120 blessés, dont 100 policiers, selon les autorités. Le mouvement est contesté. La presse mexicaine relève que la plupart des participants avaient plus de 30 ans, et que des responsables et des militants de l’opposition ont rejoint le cortège. La présidente Claudia Sheinbaum accuse l’opposition de droite, et un rapport officiel évoque une campagne de désinformation menée avec des comptes automatisés et des influenceurs. L’étiquette générationnelle ne signifie donc pas que tous les participants sont jeunes, ni que le mouvement représente la jeunesse mexicaine.

En Argentine, la mobilisation relève d’un autre conflit : la défense des universités publiques, gratuites depuis 1949, face aux coupes du gouvernement de Javier Milei. Le Congrès a voté une loi de financement universitaire, que Milei a frappée d’un veto avant que les parlementaires la confirment. Le gouvernement refuse de l’appliquer, malgré deux décisions de justice, et s’en remet à la Cour suprême. Le 12 mai 2026, la quatrième marche fédérale universitaire depuis l’arrivée de Milei au pouvoir rassemble des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays, selon l’AP. On y trouve des étudiants, des enseignants, des syndicats, des lycéens inquiets pour leur futur accès à l’université, et des partis d’opposition. Le gouvernement parle d’une « marche politique opposante ». Le salaire des enseignants universitaires a perdu environ un tiers de son pouvoir d’achat depuis fin 2023, selon leur fédération. L’enjeu touche ici l’accès à l’éducation et l’avenir de l’enseignement public.

Ces trois exemples montrent que l’Amérique latine ne connaît pas une vague uniforme. Les revendications vont de la corruption et de la sécurité à la défense des services publics, mais elles convergent sur une question : quelle place les jeunes peuvent-ils prendre dans des institutions qu’ils jugent incapables de répondre à leurs attentes ?

États-Unis : les lycéens dans la rue contre les opérations anti-immigration

Aux États-Unis, la mobilisation prend aussi de l’ampleur. En janvier 2026, deux citoyens américains, Renee Good (le 7 janvier) et Alex Pretti, infirmier de 37 ans (le 24 janvier), sont abattus à Minneapolis par des agents fédéraux lors d’une opération massive de l’agence de l’immigration, l’ICE. Des manifestations s’étendent à plusieurs villes, et des lycéens organisent des débrayages et des marches pour dénoncer les méthodes de l’agence et réclamer davantage de protection pour les communautés immigrées.

Le 30 janvier, une journée nationale « pas d’école, pas de travail, pas d’achats » est annoncée sur 250 sites dans 46 États. À Atlanta et à Savannah, des élèves de 90 lycées doivent quitter les cours ; à Aurora, dans le Colorado, les écoles publiques ferment faute d’élèves et d’enseignants ; à Long Beach, des milliers d’élèves défilent. Les débrayages se poursuivent en février dans plusieurs États.

Cette mobilisation s’inscrit dans une histoire plus large de l’engagement étudiant américain : manifestations contre les violences policières, mobilisations pour le contrôle des armes à feu, occupations de campus en faveur des Palestiniens en 2024. Ces mouvements n’ont pas les mêmes objectifs, mais ils montrent que la contestation de la jeunesse ne se limite ni aux pays autoritaires ni aux États où un gouvernement vient de tomber.

Australie : les moins de 16 ans privés de réseaux sociaux

À première vue, l’Australie semble loin du Népal ou de Madagascar. Il n’y est question ni de renverser un gouvernement ni de dénoncer une corruption systémique. Pourtant, une décision politique y a ouvert un conflit sur la place des jeunes dans la société numérique.

Depuis le 10 décembre 2025, la loi impose à dix grandes plateformes, dont Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat, Reddit, YouTube et X, d’empêcher les moins de 16 ans de posséder un compte, sous peine d’amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens. Le gouvernement invoque la protection des mineurs contre le cyberharcèlement, les contenus préjudiciables et les mécanismes qui favorisent un usage excessif. Des jeunes et des défenseurs des libertés numériques dénoncent à l’inverse le risque d’isolement et la perte d’espaces de soutien en ligne.

Le bilan est plus contrasté que les chiffres officiels ne le laissent croire. En juin 2026, le Premier ministre Anthony Albanese annonçait plus de cinq millions de comptes supprimés. Mais le 24 juin, une étude du British Medical Journal portant sur 408 adolescents montrait que plus de 85 % des moins de 16 ans utilisaient encore les plateformes concernées trois mois après l’entrée en vigueur de la loi, le plus souvent avec leur propre compte. Elle repose sur des déclarations des participants et ne mesure que les effets immédiats. Le régulateur australien évaluait déjà en mars à environ un tiers la part des moins de 16 ans toujours actifs. Le gouvernement prépare un durcissement des sanctions.

Sur le terrain judiciaire, la loi est contestée devant la Haute Cour par l’organisation libertarienne Digital Freedom Project, au nom de deux adolescents de 15 ans, et par Reddit, qui invoque l’atteinte à la liberté de communication politique. Dans sa défense, le gouvernement reconnaît qu’il n’existe pas de consensus scientifique établissant un lien de causalité entre réseaux sociaux et troubles de santé mentale, mais soutient que des « risques crédibles » suffisent à justifier la mesure.

L’Australie ne connaît donc pas un soulèvement comparable aux mobilisations meurtrières d’Afrique ou d’Asie, et les adolescents concernés ne forment pas un mouvement unifié. Mais le débat rejoint une question mondiale : qui décide des conditions dans lesquelles les jeunes peuvent s’informer, communiquer et participer à la vie publique ? Le 15 juin 2026, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, avec une application visée au printemps 2027, dans une approche que son gouvernement qualifie d’« Australia plus ». D’autres pays européens, dont la France, avancent sur des mesures comparables.

Hong Kong : quand la rue se vide sans que les revendications disparaissent

Hong Kong permet d’élargir la perspective historique. En 2019, des manifestations massives contre un projet de loi sur les extraditions se transforment en un mouvement plus large pour les libertés politiques et la démocratie. La loi sur la sécurité nationale de 2020 change profondément les conditions de la contestation : des militants sont arrêtés, des organisations disparaissent, plusieurs médias indépendants ferment, et les grandes manifestations deviennent très rares.

Ce n’est pas un exemple identique aux soulèvements de 2025, mais il rappelle qu’une baisse de la mobilisation visible ne signifie pas la disparition des aspirations politiques. Elle peut aussi traduire un environnement où exprimer son désaccord expose à des risques judiciaires majeurs. Il faut mesurer ces mouvements non seulement au nombre de manifestants dans les rues, mais aussi à leur capacité à s’exprimer, à s’organiser et à durer.

Une génération connectée, des combats qui se répondent

Les réseaux sociaux occupent une place importante dans cette vague. Ils permettent de diffuser des images, de documenter les violences, de coordonner les rassemblements et de contourner certains médias traditionnels. Ils n’en sont pas la cause unique : les difficultés économiques, les inégalités et la défiance envers les institutions leur préexistent.

Les mouvements s’inspirent aussi les uns des autres. CIVICUS rapporte que des militants malgaches ont rejoint des communautés népalaises sur Discord pour comprendre leurs méthodes, puis que Discord a été adopté par les mouvements de Madagascar et du Maroc. Des symboles circulent d’un pays à l’autre, comme le drapeau du manga One Piece, devenu un signe de défiance envers les élites, jusque dans les rues de Mexico. Cette circulation ne signifie pas que les jeunes partagent un programme universel : censure numérique au Népal, taxes au Kenya, eau et électricité à Madagascar, catastrophe meurtrière en Serbie, retraites au Pérou, universités en Argentine, vie chère aux Antilles. Les revendications sont locales, mais les moyens de mobilisation et certaines références culturelles franchissent les frontières.

Discréditer, réprimer, puis laisser s’user : la réponse récurrente des pouvoirs

Presque partout, la première réponse est la force. CIVICUS résume : coups, tirs à balles réelles, arrestations de masse, et parfois torture. Aux Philippines, des manifestants sont frappés et maltraités en détention. En Serbie, la police déploie une arme sonore. En Tanzanie, le pays est coupé d’internet pendant que les forces de sécurité tirent. Au Kenya, le Parlement a cherché à interdire les manifestations à moins de cent mètres des institutions.

La force s’accompagne souvent d’une bataille de récit. À Madagascar, les médias d’État démentent les chiffres de l’ONU et accusent les manifestants de fauteurs de troubles. Au Mexique, la présidente accuse l’opposition de droite d’avoir organisé la marche, et un rapport officiel parle d’une campagne de désinformation. En Argentine, le gouvernement qualifie la marche universitaire de « politique opposante ». En Tanzanie, il conteste les bilans. Au Pérou, une militante interrogée par CIVICUS raconte que le public adulte et la presse ont tourné en dérision les protestations. On dispute les chiffres, les motivations, parfois même l’âge des manifestants.

Vient ensuite la concession, presque toujours calibrée sur le déclencheur plutôt que sur la cause. Rajoelina limoge son gouvernement et convoque un dialogue national. Au Népal, l’interdiction des réseaux est levée. En Indonésie, les nouvelles indemnités sont abandonnées. Au Maroc, les budgets de l’éducation et de la santé sont relevés. Au Kenya, le projet de loi de finances est retiré. Au Pérou, le Congrès recule en partie sur la réforme des retraites. En Martinique, un protocole promet une baisse de 20 % sur plus de 6 000 produits. En France, le ministre de l’Éducation ouvre une plateforme de concertation pour les lycéens. CIVICUS relève que ces premières concessions n’ont souvent pas apaisé les manifestants.

Puis l’usure prend le relais, là où le fond du problème demeure. En Martinique, l’Autorité de la concurrence juge les outils mis en place « utiles mais insuffisants », et le projet de loi sur la vie chère, adopté sans enthousiasme au Sénat, a vu son examen reporté à l’Assemblée. Au Kenya, personne n’a été poursuivi pour les 65 morts de 2025. En Argentine, le gouvernement refuse d’appliquer la loi de financement universitaire, pourtant votée deux fois par le Congrès et confirmée par la justice en deux instances. En Nouvelle-Calédonie, deux ans après les émeutes, la question du corps électoral n’est toujours pas tranchée. À Madagascar, la transition se fait sans le mouvement qui l’a provoquée.

Il serait faux d’y voir une loi d’airain. Là où l’armée a lâché le pouvoir ou où le gouvernement a été renversé, comme à Madagascar, au Népal et en Bulgarie, le schéma s’est brisé. En Serbie, le mouvement tient depuis plus d’un an, preuve que l’usure n’est pas inéluctable. Et la répression peut produire l’effet inverse de celui recherché : au Népal, à Madagascar et en Indonésie, les morts ont grossi les cortèges. L’issue dépend de la solidité du pouvoir, de la loyauté de ses forces de sécurité et de la capacité du mouvement à durer. Mais l’enchaînement revient assez souvent pour qu’on le dise : dans bien des cas, le temps qui passe tient lieu de réponse.

Une mobilisation mondiale, mais quel avenir politique ?

Ces mouvements ne constituent ni une révolution unique ni la preuve que tous les systèmes politiques vont s’effondrer. Ils signalent une difficulté croissante pour des gouvernements confrontés à des populations qui contestent leur gestion des ressources, leur transparence et leur capacité à garantir des conditions de vie décentes.

Le départ d’un président, le retrait d’une loi ou la promesse d’une réforme sont des victoires immédiates. Mais un an après, leur portée dépend de ce qui suit. À Madagascar, un colonel est au pouvoir et la jeunesse n’est pas associée au gouvernement. Au Népal, les urnes ont donné une majorité écrasante à un ancien rappeur, et l’épreuve du pouvoir ne fait que commencer. Au Kenya, les violences de 2025 n’ont pas donné lieu aux poursuites attendues. En Martinique, deux ans après les barrages, l’écart de prix avec l’Hexagone reste l’un des plus élevés de France, et la Nouvelle-Calédonie attend toujours un accord sur son avenir institutionnel. Au Mexique, l’étiquette « Génération Z » est elle-même disputée. L’Australie et les États-Unis rappellent que le conflit entre jeunes et autorités ne se limite pas aux régimes autoritaires : il concerne aussi des démocraties, qu’elles adoptent des politiques de protection contestées par ceux qu’elles visent ou qu’elles mènent des opérations de maintien de l’ordre jugées disproportionnées.

Dans de nombreux pays, la réponse des pouvoirs a suivi le même chemin : discréditer, réprimer, concéder en surface, puis attendre que la colère s’use. La jeunesse n’est pas homogène. Tous les jeunes ne manifestent pas, ne partagent pas les mêmes idées et ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Mais de Fort-de-France à Lima, de Belgrade à Madagascar, une même interrogation revient : comment croire aux promesses d’avenir quand les institutions semblent incapables de répondre aux besoins les plus élémentaires ou de rendre des comptes ?

La portée de cette vague ne se mesurera pas au nombre de manifestations ni aux images qui circulent, mais à sa capacité à obtenir des changements durables, sans que la contestation de l’ancien pouvoir débouche sur une nouvelle forme de fermeture politique. Derrière les frontières, les drapeaux et les revendications particulières, les jeunes ne sont plus seulement les spectateurs des crises politiques et sociales : dans de nombreux pays, ils en sont devenus des acteurs centraux.

Sources

France, outre-mer et lycées
Maire-info, Nouvelle-Calédonie, 14 mai 2024 : https://maire-info.com/explosion-de-violence-en-nouvelle-caledonie-article2-28597
Assemblée nationale, bilan de l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie (14 morts) : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE2585.pdf
Outremers 360, deux ans après les émeutes calédoniennes : https://outremers360.com/bassin-pacifique-appli/en-nouvelle-caledonie-deuxieme-anniversaire-des-emeutes-sur-fond-de-tensions-politiques
Outremers 360, blocage du port de Fort-de-France : https://outremers360.com/bassin-atlantique-appli/vie-chere-en-martinique-des-manifestants-ont-bloque-le-port-de-fort-de-france
Brut, Martinique, dates clés : https://www.brut.media/fr/articles/martinique-les-dates-cles-du-mouvement-contre-la-vie-chere
Banque des Territoires, accord et mesures fiscales : https://www.banquedesterritoires.fr/vie-chere-en-outre-mer
Autorité de la concurrence, avis 26-A-01 du 10 février 2026 : https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/integral_texts/2026-02/avis_26-A-01_compressed.pdf
Outremers 360, projet de loi reporté à l’Assemblée : https://outremers360.com/bassin-atlantique-appli/le-projet-de-loi-sur-la-vie-chere-en-outre-mer-reporte-a-lassemblee-pour-aller-plus-loin
L’Étudiant, blocus des lycées, 1er octobre 2026 : https://www.letudiant.fr/lifestyle/engagement-et-vie-associative/article/blocus-des-lycees-les-universites-rejoignent-le-mouvement-plus-d-un-tiers-des-facs-bloquees-selon-l-union-etudiante.html
Public Sénat, mobilisation lycéenne du 6 octobre : https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/blocage-des-lycees-syndicats-gilets-jaunes-se-dirige-t-on-vers-une-convergence-des-luttes
Euronews, plateforme de concertation, 6 octobre 2026 : https://fr.euronews.com/2026/10/06/mobilisation-lyceenne-acte-iii-de-nombreux-etablissements-deja-bloques-la-crainte-dun-mard

Reste du monde
CIVICUS, « Gen Z protests: New resistance rises », rapport 2026 : https://publications.civicus.org/publications/2026-state-of-civil-society-report/gen-z-protests-new-resistance-rises/
CIVICUS, « Madagascar’s Gen Z uprising leads to uncertain future » : https://lens.civicus.org/madagascars-gen-z-uprising-leads-to-uncertain-future/
CIVICUS Monitor, « Tactics of Repression » : https://monitor.civicus.org/globalfindings_2025/tacticsofrepression/
CIVICUS, entretien sur le Pérou : https://lens.civicus.org/interview/peru-the-adult-public-and-the-mainstream-press-ridiculed-our-protests/
Human Rights Watch, Kenya, rapport mondial 2026 : https://www.hrw.org/world-report/2026/country-chapters/kenya
Népal, résultats électoraux de mars 2026 : https://outlookindia.com/international/balen-shahs-rsp-sweeps-nepal-polls-set-to-form-government
Tanzanie, bilan et poursuites (Reuters, ONU, AFP) : https://nation.africa/kenya/news/africa/un-believes-hundreds-were-killed-in-tanzania-election-protests-5261788
Al Jazeera, Pérou, mort d’Eduardo Ruiz : https://www.aljazeera.com/amp/news/2025/10/17/perus-new-president-refuses-to-resign-after-gen-z-protests-leave-one-dead
AP, Mexique, marche du 15 novembre 2025 : https://www.1news.co.nz/2025/11/17/thousands-protest-in-mexico-city-as-gen-z-protests-gain-momentum
AP, Argentine, marche du 12 mai 2026 : https://abcnews.com/International/wireStory/mass-protests-argentina-decry-mileis-funding-cuts-prized-132900612
Reuters, États-Unis, journée du 30 janvier 2026 : https://www.streetinsider.com/Reuters/Thousands+demonstrate+in+Minnesota+and+across+US+to+protest+ICE/25919008.html
Gouvernement australien, restrictions d’âge : https://www.youth.gov.au/health-and-wellbeing/social-media-age-restrictions
The BMJ, étude du 24 juin 2026 : https://www.bmj.com/content/393/bmj-2026-363695
Haute Cour d’Australie, Reddit contre le Commonwealth : https://www.hcourt.gov.au/cases-and-judgments/cases/current/case-no-s1662025
Al Jazeera, Royaume-Uni, annonce du 15 juin 2026 : https://aljazeera.com/news/2026/6/15/britain-announces-sweeping-social-media-ban-for-under-16s