Du sound system Krahme N’Kruma aux scènes de Fort-de-France, des années Ruff Nèg à une première partie de Capleton, Ras Daniel a contribué à installer le ragga en Martinique, puis à le faire durer. Samedi soir, à Paris, il fête quarante ans de carrière.
Quarante ans de carrière, ce n’est pas simplement une histoire de disques, de concerts et de kilomètres parcourus. C’est une histoire de passion, de résistance, de rencontres et de fidélité à une musique qui n’a jamais eu besoin de frontières pour rassembler.
Un commencement en collectif
Tout démarre en 1986. Le jeune chanteur fait ses premiers pas au sein du groupe Moko et du sound system Krahme N’Kruma, là où se forge, aux Antilles comme en Jamaïque, la vraie école du reggae : le micro partagé, la dance, le public qu’on apprend à lire. Avant d’être une trajectoire individuelle, sa carrière est l’histoire d’un collectif et d’une culture de rue, celle des sounds, où l’on devient chanteur en faisant danser les autres.
1991, « Education »
Le premier vrai succès arrive en 1991, avec Ragga Dub Force et le titre « Education », suivi d’une tournée nationale. Le mot n’a rien d’anodin. Dans le reggae, l’éducation est un thème fondateur : transmettre, instruire, redresser. Qu’un titre martiniquais porte ce message jusqu’en métropole annonce déjà la suite : une musique de dance qui ne renonce pas au propos.
Les années Ruff Nèg, ou l’installation du ragga
À partir de 1994, Ras Daniel rejoint Ruff Nèg, groupe de ragga qui a fait danser, selon Martinique 1ère, toute une génération de 1994 à 2000. Trois albums à succès jalonnent cette période. Le groupe est aujourd’hui souvent cité comme un précurseur du ragga aux Antilles françaises, à une époque où le raggamuffin s’impose dans les sounds.
Il enregistre aussi avec les Nèg’ Marrons - qui célébraient leurs 30 ans de carrière samedi dernier -, un album commun, Ruff Neg Marrons. Cette collaboration rappelle que le ragga antillais et la scène hexagonale se sont nourris l’un l’autre, bien avant que l’on parle de « musiques urbaines ». Installer un genre, c’est cela : lui donner des disques, des scènes et un public qui le reconnaît comme sien.
Faire vivre la scène
De 1998 à 2019, Ras Daniel co-organise également le Marley’s Marathon. Vingt et un ans à bâtir un rendez-vous plutôt qu’à seulement s’y produire : c’est ce qui sépare l’artiste de passage de celui qui entretient un écosystème. Dans un paysage où les événements reggae et dancehall se montent souvent à la force du poignet, cette constance compte autant que le répertoire.
Toujours en scène
Plus récemment, on l’a vu à l’Atrium en 2023, puis au festival Reggae Therapy en 2025. Il a sorti le titre « Sanblé ko nou dan lanmou », ainsi qu’un duo père-fils avec Wes GY, avant d’assurer la première partie de Capleton en mai dernier. Passer d’une génération à l’autre sans renier son vocabulaire est peut-être le plus difficile : le duo avec Wes GY en est une illustration concrète, la transmission faite chanson.
Pourquoi cela compte
On parle volontiers du dancehall jamaïcain, de ses géants, de ses anniversaires. On parle moins de ceux qui, loin de Kingston, ont construit leur propre scène, en créole, avec leurs propres sounds, leurs propres salles et leurs propres rendez-vous. Ras Daniel appartient à cette lignée : celle des artistes antillais qui ont fait du ragga une langue locale sans lui faire perdre son universalité.
Quarante ans après, l’essentiel est toujours là : le message, le partage et cette énergie propre au reggae, capable de réunir les générations autour d’une même vibration, d’un même combat.
Demain, il ne s’agit pas seulement de célébrer une carrière. Il s’agit de rendre hommage à un parcours, à un artiste et à tout ce qu’il représente pour celles et ceux qui font vivre cette culture. On vous le redit ? Ça va déchirer. C'est plus clair comme ça ?
Que l’on ait grandi avec ses premiers morceaux ou que l’on découvre aujourd’hui son univers, il y a une bonne raison d’être au rendez-vous : célébrer quatre décennies de musique, ensemble, comme le reggae sait si bien le faire.
Vini mouin diw' !
📍 Samedi 10 octobre 2026 — 20 h
Centre Paris Anim’ Jacques Bravo
14-18, rue de la Tour-des-Dames, Paris 9e.