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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Faire pleuvoir sur commande : l’Afrique peut-elle compter sur l’ensemencement des nuages ?

Du Maroc au Zimbabwe, des États africains misent sur l’iodure d’argent pour arracher un peu plus d’eau au ciel. La technique a plusieurs décennies, son efficacité reste débattue, et elle revient au premier plan alors qu’un El Niño annoncé comme exceptionnel menace l’Afrique australe.

Un avion, un nuage, un pari

Au-dessus de Béni Mellal, aux portes du Moyen Atlas, un Alpha Jet de la Gendarmerie royale rejoint un nuage repéré quelques heures plus tôt. Au sol, des générateurs ont déjà diffusé leurs particules. Au signal, le pilote libère l’iodure d’argent. Rien de neuf sous le soleil marocain : le programme Al Ghait date de 1984, lancé sous Hassan II avec le soutien de l’agence américaine USAID, en pleine sécheresse.

Depuis, il a changé d’échelle. Une vingtaine d’opérations par an jusqu’en 2023, puis près de quatre-vingts en 2024 selon les chiffres de la météorologie nationale. Le dispositif couvre désormais 44 sites, contre 20 auparavant, et fonctionne toute l’année au lieu de la seule saison de novembre à avril. Une enveloppe de 160 millions de dirhams a financé la période 2021-2023 et vient d’être reconduite pour trois ans. Rabat avance une hausse des précipitations de 15 à 20 % dans les zones ciblées. Précision utile : ce chiffre est avancé par l’administration elle-même, et les outils pour mesurer l’effet réel sur l’eau stockée dans les barrages sont encore en développement.

Ce que la science dit, et ne dit pas

Première évidence, souvent oubliée : l’ensemencement ne crée ni nuage ni pluie à partir d’un ciel vide. Il ne fait que stimuler un nuage déjà là, à condition que ses caractéristiques s’y prêtent. Les preuves les plus solides concernent les nuages d’hiver formés au contact des montagnes, ce qui correspond justement au relief de l’Atlas. Pour les cumulus, la plupart des études n’ont montré que peu ou pas d’effet.

Dans les meilleures conditions, les travaux disponibles parlent de 5 à 15 % de précipitations supplémentaires, parfois jusqu’à 20 %. Dans le Wyoming, une expérience menée sur plusieurs hivers a relevé que les conditions idéales étaient absentes d’environ 70 % des tempêtes étudiées, ramenant le gain global autour de 3 %. Le chercheur Bart Geerts résume la limite : ce n’est pas l’ensemencement qui fera la différence entre un hiver humide et un hiver sec.

Reste le paradoxe central pour la crise qui nous occupe. En période de sécheresse, il y a par définition moins de nuages exploitables. La technique est donc la moins efficace au moment où l’on en a le plus besoin.

Du Sahel à la Zambèze

Le Maroc n’est pas seul. Le Burkina Faso a ensemencé ses nuages dès les années 1990, et le gouvernement estimait au début des années 2000 que les revenus agricoles avaient progressé de 10 à 15 %, une évaluation officielle là encore. Le comité de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) cherchait alors 60 millions de dollars pour étendre le dispositif à neuf pays. Le Mali s’y est engagé en 2005. Depuis cette même année, l’Alpha Jet marocain se déploie chaque été à Dakar : le Maroc exporte son savoir-faire.

Le Zimbabwe ensemence lui aussi depuis des décennies, et vient d’annoncer une nouvelle campagne à partir du 1er novembre 2026, avec trois avions basés à Harare, Bulawayo et Masvingo. Le calendrier n’a rien d’anodin. Les centres climatiques donnent 90 % de chances à un « Super El Niño », avec un pic attendu entre novembre 2026 et février 2027, et l’Afrique australe en première ligne. Lors de l’épisode 2023-2024, plus de 71 millions de personnes ont été touchées dans la zone SADC, pour un appel humanitaire de 5,5 milliards de dollars.

Des risques, des soupçons et une question de souveraineté

L’OMM juge l’iodure d’argent toxique et recommande un suivi sanitaire et environnemental. Plusieurs revues menées aux États-Unis n’ont trouvé aucune accumulation détectable aux doses employées, mais ces études portent sur des climats et des usages différents de ceux d’Afrique. Autre danger, plus politique : le soupçon. Au Maroc, les inondations du Sud-Est ont nourri des rumeurs d’ensemencement, que le ministre de l’Eau a démenties, les opérations n’ayant pas eu lieu dans ces zones. Les inondations de Dubaï en 2024 ont déclenché la même polémique, alors qu’elles avaient été prévues par les modèles plusieurs jours à l’avance.

Quand un pays seme ses nuages, qui garantit qu’il ne prive pas son voisin ? Les scientifiques jugent l’idée d’un « vol » de pluie peu crédible à cette échelle, mais l’Espagne s’est inquiétée de l’effet du programme marocain sur Ceuta et Melilla. Il n’existe, à ce jour, aucun cadre régional pour trancher ces différends. La convention internationale de 1977 ne vise que l’usage militaire.

Il y a aussi l’histoire. Dans les années 1950, l’administration coloniale française au Maroc avait confié des opérations à une entreprise américaine. Trente ans plus tard, ce sont l’USAID et des sociétés américaines qui équipent et forment. La technologie, les capteurs, les données : qui les maîtrise vraiment ?

Le ciel ne remplacera pas la politique de l’eau

L’ensemencement peut donner un peu plus de pluie à des endroits précis, quand les nuages s’y prêtent. Il ne remplit pas des barrages à lui seul, et ne dispense ni de stocker, ni de distribuer, ni d’économiser. Le ministre marocain de l’Eau le dit lui-même : le problème de l’eau tient d’abord à la gestion des ressources disponibles. À ses débuts, Rabat l’appelait « Al Ghait », la pluie. Les États africains lui en demandent désormais plus que ce qu’il peut offrir. Face à un Super El Niño, le vrai chantier reste sur terre : financer l’adaptation, dont les experts rappellent qu’elle demeure très en deçà des besoins du continent.