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Legalize It, 50 ans : le fils chante, la foule répond, le message reste

Le 17 octobre, à Woodstock Beach, Andrew Tosh et Anthony B ont porté le Tosh Fest 2026, au cœur d’une semaine consacrée à l’album qui a fait de Peter Tosh la voix la plus intransigeante du reggae.

Il a plu sur Negril, et la foule est venue quand même. Ce samedi 17 octobre, sur la plage de Woodstock, dans le Westmoreland, artistes, passionnés de culture et mélomanes se sont retrouvés pour le Tosh Fest 2026, avec un seul objectif : célébrer les 50 ans de Legalize It, l’album paru en 1976, le premier de Peter Tosh chez Columbia après son départ des Wailers.

« Je suis touchée par le nombre de personnes venues rendre hommage à l’héritage de mon père malgré la pluie », a confié Niambe Tosh, directrice de la Fondation Peter Tosh. L’averse a retardé le début des festivités. Elle n’a pas entamé la ferveur.

Une soirée qui commence par les tambours

La célébration a démarré par une cérémonie de percussions nyabinghi, rappel des racines spirituelles rastafari qui ont façonné la musique reggae. Une projection sur l’héritage musical de Peter Tosh a suivi, avant que la scène ne prenne le relais.

Au programme : le poète Mutabaruka, le chanteur et auteur-compositeur Medisun, Grammy Award pour son travail d’écriture sur l’album Strictly Roots de Morgan Heritage, le groupe de musique consciente Karbon, les jeunes artistes Dahvid Slur et Aza Lineage, et le DJ Rory Stone Love. Anciens et nouvelles voix ont partagé la même affiche, ce qui n’a rien d’un détail : la transmission est au cœur de la démarche de la fondation.

La voix du père, dans la bouche du fils

Le moment le plus fort est venu d’Andrew Tosh. Sa ressemblance vocale avec son père est telle que certains titres du répertoire ont pris une dimension presque troublante. Le public a repris les chansons avec lui, et le concert est devenu une mémoire collective chantée à voix haute, pour un homme assassiné à 42 ans, en septembre 1987, à son domicile de Kingston, et dont la voix traverse pourtant les générations.

Anthony B a apporté l’autre versant : l’énergie et le message. Pour lui, se placer dans la lignée de Peter Tosh est un choix, pas une influence de passage. « Tandis que d’autres faisaient d’autres choses, j’ai choisi de ne pas suivre la foule ; j’ai choisi de suivre Peter Tosh », a-t-il déclaré.

Ce que dit encore Legalize It

C’est là que se joue l’essentiel. Sorti en 1976, Legalize It s’attaquait frontalement à la stigmatisation du cannabis, mais ne s’y limitait pas : liberté individuelle, droits humains, engagement politique. Cinquante ans plus tard, la Jamaïque a dépénalisé la détention de ganja, et le monde s’interroge toujours sur la place qu’il accorde à ceux qui ont ouvert la voie en payant le prix fort. Niambe Tosh y voit l’occasion de relire l’album non comme un simple jalon de l’histoire du reggae, mais comme une déclaration de liberté et de droits de l’homme.

Le choix du lieu n’est pas anodin non plus. Le Westmoreland est la paroisse natale de Peter Tosh. « Nous avons pris l’engagement délibéré d’organiser les célébrations dans la paroisse qu’il aimait », a expliqué Niambe Tosh. La fondation espère que le Tosh Fest gagnera en notoriété, localement comme à l’international, et que ses retombées économiques profiteront aux habitants du Westmoreland.

Une semaine entière pour un homme

Le festival n’était que le point d’orgue d’un programme plus large. Le 14 octobre, l’événement « Taste of Tosh » a réuni au musée Peter Tosh des acteurs du monde musical. Les 15 et 16 octobre, les Tosh Talks, à l’Edna Manley College of the Visual and Performing Arts puis à l’Université des Antilles, ont proposé des exposés universitaires et des tables rondes sur sa vie, son œuvre et son héritage, album compris.

Les commémorations se sont achevées le 19 octobre, jour de la fête nationale des Héros en Jamaïque et date à laquelle Peter Tosh aurait eu 82 ans. Les tambours nyabinghi ont résonné dès l’aube, et l’Église orthodoxe éthiopienne a donné sa bénédiction sur son lieu de repos, à Belmont.

Préparez dès maintenant le Tosh Fest 2027

Pour celles et ceux qui tiennent à célébrer Peter Tosh, mieux vaut anticiper. Les dates et le lieu de l’édition 2027 ne sont pas encore connus, mais les précédentes donnent des repères. Le festival se tient autour du 19 octobre, jour de naissance de Peter Tosh : le dimanche 19 octobre en 2025, au Peter Tosh Memorial Garden de Bluefields, puis le samedi 17 octobre en 2026, à Negril. Le site a changé d’une année à l’autre, mais toujours dans le Westmoreland. Mieux vaut donc viser la mi-octobre et prévoir large, puisque le festival s’inscrit dans une semaine d’événements (conférences, hommages, commémorations). Les annonces officielles de la Fondation Peter Tosh sont à suivre sur petertosh.com et toshfestja.com. L’édition 2025 était gratuite, mais les conditions d’accès sont à vérifier chaque année.

Pour s’y rendre, la porte d’entrée est l’aéroport international Sangster, à Montego Bay. De là, comptez environ 82 kilomètres et près d’une heure et demie de route par la A1 jusqu’à Negril. Un transfert réservé à l’avance est plus sûr qu’une navette partagée, qui peut approcher les trois heures avec les arrêts dans les hôtels. Il n’existe pas de bus direct depuis l’aéroport. Depuis Kingston, il faut compter environ quatre heures de route, un trajet à garder pour ceux qui veulent aussi passer par le musée Peter Tosh. Reste l’option du petit vol de douze à quinze minutes entre Montego Bay et l’aérodrome de Negril.

Dernier point, octobre se situe encore dans la saison cyclonique. L’ouragan Melissa, en 2025, avait provoqué le report du symposium Peter Tosh, et la pluie de cette année a retardé le début du festival. Garder une marge dans son planning et une assurance voyage n’est pas du luxe.

Il faut parfois de la pluie pour mesurer ce qui reste d’un artiste : ce qui tient debout quand tout le reste est mouillé. À Negril, c’était Peter Tosh.