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Haïti : ce qui se passe vraiment dans un pays où les gangs font la loi

  Port-au-Prince et une partie du territoire haïtien échappent de plus en plus à l’autorité de l’État. Meurtres, enlèvements, viols, extorsions, déplacements forcés : les groupes armés ne se contentent plus de terroriser la population. Ils imposent leurs règles, contrôlent les routes et organisent une économie de prédation. Face à cette « gouvernance par les gangs », les autorités haïtiennes en sont arrivées à solliciter une aide internationale renforcée. Une force multinationale est déjà engagée, tandis que l’arrivée massive de militaires salvadoriens ouvre une nouvelle séquence, lourde d’incertitudes. Un pays pris dans l’étau des groupes armés Pour comprendre ce qui se passe en Haïti, il faut dépasser les images de fusillades, de bâtiments incendiés et de policiers débordés. La crise actuelle n’est pas seulement une flambée de criminalité. Elle correspond à une transformation profonde du rapport de force dans le pays : des organisations armées ont acquis une capacité de contrôle ...

« Jamaica, Land We Love » : l’hymne que la Jamaïque a voulu 100 % jamaïcain

 Le 6 août 1962, l’hymne national résonne pour la première fois au National Stadium de Kingston. Derrière ces quelques mesures, un concours, une pièce écartée parce que son auteur était anglais, une prière plutôt qu’un chant de guerre, et quatre mesures de reggae qui, vingt ans plus tard, ont fait grincer des dents.

Un concours, et un refus

Le 30 septembre 1961, à quelques mois de l’indépendance, le gouvernement lance un concours pour doter la future nation de son hymne, en commençant par les paroles. Près de cent propositions arrivent avant la clôture, fixée au 31 mars 1962. Une première pièce, « Jamaica Proud We Stand », est d’abord retenue. Elle est l’œuvre d’Edward Wade, chef de la fanfare du West India Regiment, et elle est finalement écartée : il est britannique, et le comité mixte des deux Chambres du Parlement veut un hymne qui soit jamaïcain de bout en bout.

Le choix se porte alors sur les paroles du révérend Hugh Sherlock et sur la musique de Robert Lightbourne, alors ministre du Commerce et de l’Industrie. Le comité confie la mise en forme à Mapletoft Poulle, avocat de Kingston et musicien, et à son épouse Christine. Ce sont eux qui ajoutent la reprise finale sur le nom de l’île. Le 19 juillet 1962, la Chambre des représentants approuve le texte à l’unanimité. Le Gleaner titre alors que l’hymne est écrit, composé et arrangé par des Jamaïcains. Pour mesurer le geste, il faut se souvenir que rien de cela n’allait de soi en 1962. La Chambre a d’ailleurs souhaité qu’une compensation soit versée à Wade et que sa pièce puisse devenir un jour un chant national.

Une prière plutôt qu’un chant de guerre

Beaucoup d’hymnes exaltent la gloire des armes. Celui-ci prend la forme d’une prière, ce qui n’a rien d’étonnant sous la plume d’un pasteur, dans un pays réputé pour le nombre de ses églises. Le texte demande la protection de Dieu sur la terre, la sagesse pour ceux qui gouvernent, la justice et la vérité, le respect de chacun et l’attention aux plus faibles.

On peut y lire plusieurs choses. L’appel à la sagesse des dirigeants sonne comme un rappel d’humilité adressé aux nouveaux responsables d’un peuple qui sort de trois siècles de domination coloniale. Le souci des faibles fait écho à la devise nationale, « Out of Many, One People ». Ce sont des lectures, pas des intentions documentées, mais elles tiennent debout : un hymne qui ne glorifie pas les armes, dans un pays qui vient de gagner son indépendance sans les prendre.

Les quatre mesures qui ont fâché

C’est ici que l’on a le plus souvent déformé l’histoire. L’hymne de 1962 n’a pas été arrangé avec du reggae : le genre n’existait pas encore, et l’arrangement d’origine est celui des Poulle. Le trompettiste Cecil « Sonny » Bradshaw a signé, au début des années 1980, une autre version, où il place quatre mesures de rythme reggae au moment du passage sur la justice et la vérité.

Sa veuve, la chanteuse Myrna Hague, insiste sur un point : il ne s’agit pas d’un hymne reggae, mais d’un hymne jamaïcain qui parle aux Jamaïcains. Elle rappelle aussi que certains y ont vu un manque de respect, une réaction qu’elle rattache à une mentalité encore coloniale. L’enregistrement de cet arrangement n’a été réalisé que bien plus tard, aux studios Grafton, sous la direction de Dean Fraser.

Le hasard de l’histoire a voulu que l’hymne trouve ensuite d’autres voix. Un single intitulé « Jamaican National Anthem » est répertorié au nom de Lukie D. La chanteuse Lady Donna en a proposé une version mêlant mento, dancehall et reggae, pour dire l’évolution de la musique jamaïcaine depuis l’indépendance. À l’inverse, certains titres souvent associés à l’hymne n’en sont pas des versions : « Long Live Jamaica » de Vybz Kartel avec JayCrazie est une chanson patriotique originale.

Qui écrit les symboles d’une nation

Cette histoire a quelque chose de familier pour nous. Une nation qui accède à l’indépendance doit décider qui a le droit de fabriquer ses symboles, et la réponse de 1962 est nette : des Jamaïcains, même si cela oblige à écarter un compositeur de talent, mais britannique. Vingt ans plus tard, la querelle autour de quatre mesures de reggae montre que cette question n’était pas close, et qu’il reste parfois à une société à finir de se reconnaître dans ses propres sons.

Ecoutez l'hymne national "Jamaica Land we Love"