Au 1er janvier 2025, la population de la Martinique est estimée à 355 500 habitants. Le territoire continue de perdre des résidents, confirmant une tendance amorcée depuis plusieurs décennies. Cette décroissance s’explique notamment par une natalité en berne, une fécondité faible, et un solde migratoire déficitaire. Mais elle s’inscrit surtout dans un mouvement structurel initié depuis les années 1960, au temps du BUMIDOM.
Un phénomène ancien, une dynamique durable
Créé en 1963, le BUMIDOM a facilité l’émigration massive de jeunes ultramarins – principalement des Antilles et de La Réunion – vers la France hexagonale, avec pour objectif de répondre à la fois aux besoins en main-d’œuvre en métropole et aux tensions sociales dans les départements d’outre-mer. Entre 1963 et 1981, plus de 60 000 Martiniquais ont ainsi quitté leur île dans un cadre institutionnel.
Cette émigration a durablement modifié la structure démographique de la Martinique, notamment en privant l’île d’une part importante de sa jeunesse et de sa force de travail. Aujourd’hui encore, cette dynamique migratoire reste active, bien que sous des formes moins encadrées, aggravant le vieillissement de la population et contribuant à la baisse des naissances.
Un déficit de population qui s’accélère
Sur la dernière décennie, la Martinique a perdu en moyenne 0,7 % de sa population par an, soit un recul total de 25 400 habitants en dix ans – l’équivalent des populations de Schoelcher et du Diamant réunies. Ce rythme de décroissance dépasse celui observé en Guadeloupe (-0,5 % par an), tandis que la Guyane, elle, connaît une croissance démographique soutenue (+1,2 % par an).
L’année 2024 illustre cette tendance : le solde naturel est négatif (davantage de décès que de naissances), tout comme le solde migratoire (davantage de départs que d’arrivées). C’est la cinquième année consécutive où ces deux indicateurs sont dans le rouge.
Une natalité historiquement basse
Avec seulement 2 800 naissances en 2024, la Martinique enregistre la plus forte baisse de naissances de toutes les régions françaises. Le taux de natalité est tombé à 7,9 ‰, le plus bas des DROM. Ce phénomène est directement lié à la diminution du nombre de femmes en âge de procréer (15-50 ans), passé de 89 000 en 2014 à 71 500 en 2024.
La chute est particulièrement marquée chez les jeunes femmes : -50,3 % de naissances chez les moins de 25 ans, et -38,3 % chez les 25-29 ans. Le taux de fécondité a lui aussi reculé, passant de près de 5 naissances pour 100 femmes en 2014 à environ 4 en 2024.
Un vieillissement accéléré de la population
Le nombre de décès, stable sur la dernière année (3 800 en 2024), est en nette augmentation sur le long terme : 36 400 décès entre 2015 et 2024, contre 28 300 sur la décennie précédente. Ce vieillissement est la conséquence logique du recul des naissances et de l'émigration, mais aussi de l’arrivée à un âge avancé des générations du baby-boom, nées après la Seconde Guerre mondiale.
Ainsi, au 1er janvier 2025, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent 35 % de la population, un record national pour la troisième année consécutive (source : Insee Martinique).
Une question cruciale pour l’avenir du territoire
Ce déclin démographique soulève des enjeux majeurs : vieillissement de la main-d’œuvre, fragilisation des systèmes de santé et de retraite, fermeture d’écoles, déséquilibres territoriaux. La Martinique, comme d'autres territoires ultramarins, se retrouve confrontée à un défi de taille : repenser son modèle de développement dans un contexte de dépeuplement amorcé depuis plus d’un demi-siècle.