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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Meryl, ou l'insolence tranquille

Femme noire, antillaise, lesbienne — et superstar. La rappeuse martiniquaise n'a rien concédé de qui elle est pour conquérir une industrie qui ne l'attendait pas.Elle arrive par la porte de service. Pas celle du public, pas celle des artistes confirmés. La porte de derrière — celle des studios parisiens où l'on écrit des tubes pour d'autres, dans l'ombre, sans crédit visible. Cindy Elismar, dite Meryl, martiniquaise de Saint-Esprit, passe plusieurs années à prêter sa plume à des rappeurs dont les noms s'affichent en grand sur les affiches. SCH, Soprano, Niska, Shay. Ce sont leurs disques. C'est sa plume.

Ce passage par l'ombre n'est pas une parenthèse honteuse dans le récit de Meryl. C'est le calcul d'une artiste qui sait exactement ce qu'elle fait. Elle apprend l'industrie de l'intérieur, en déchiffre les codes, se constitue un réseau — et n'abandonne jamais son propre territoire musical, qui n'a rien à voir avec le rap parisien qu'elle alimente discrètement.

Son territoire à elle, c'est le dancehall. Le shatta. Le créole martiniquais. Les sonorités qui remontent de la Caraïbe et ne demandent l'autorisation à personne.


La Caraïbe d'abord

Née en 1995 au Lamentin, élevée au Saint-Esprit dans une famille où le kompa haïtien, la salsa, le reggae et le bouyon constituent le fond sonore quotidien, Meryl n'est pas une enfant du rap. C'est son cousin Specta, rappeur martiniquais, qui l'initie à la discipline en 2013 après être tombé sur une démo d'elle. Il lui enseigne la structure, le flow, l'efficacité du texte. Elle enregistre ses premières collaborations, puis part démarcher des labels.

En 2016, le morceau An Chanjé devient son premier succès underground antillais. Le titre circule dans les soirées, les radios et les réseaux caribéens — pas depuis Paris, depuis la Martinique — dans un paysage musical déjà structuré par le dancehall et le shatta martiniquais, avec des figures comme Kalash ou Admiral T qui ont ouvert la voie. Cette chronologie compte. Meryl construit d'abord une base là où elle vient, avant de s'intéresser à la capitale.

C'est ensuite qu'elle intègre la structure ETMG et commence à écrire pour l'Hexagone. Elle y forge une réputation de toplineuse d'exception, capable d'imprimer une mélodie inoubliable sur n'importe quel beat. Mais cette activité ne la définit pas. Elle la finance.


« J'avais appris que pour « Allumer le feu », c'est Pascal Obispo et Zazie qui l'ont écrit. J'ai entendu une histoire de ghostwrite avec Drake. C'est ça qui m'a donné envie de faire partie de ce monde-là. »

— Meryl, 2020


Béni, ou la sortie de l'ombre

En 2019, Béni sort. Premier clip solo. Le morceau est filmé en Guadeloupe, produit par Pyroman, Yungspliff et Chapo. Meryl y rappe en créole sur la dureté du monde qui l'entoure et sur la force qu'elle en tire. Ce n'est pas un morceau de rap parisien. Ce n'est pas non plus un morceau exotique conçu pour plaire à l'Hexagone. C'est un morceau de chez elle, fait avec les siens, pour dire ce qu'elle a à dire. Avec Béni, Meryl franchit une frontière invisible : celle qui sépare les artistes reconnus de la scène antillaise de ceux qui s'imposent dans l'espace musical francophone au sens large.

L'accueil est immédiat. Ah Lala, Wollan, Désolé suivent. En février 2020, la mixtape Jour Avant Caviar sort avec Coucou en tête. L'ascension est nette, organique, portée par un public antillais et diasporique qui se reconnaît dans une artiste qui ne traduit pas sa culture pour la rendre acceptable — elle la pose telle quelle.


Ce que l'industrie ne voulait pas voir

En octobre 2022, Meryl signe chez Universal via son propre label, Maison Caviar. Cette structure n'est pas un détail contractuel. C'est une affirmation. Elle arrive chez le major avec sa propre maison sous le bras. Elle ne se dissout pas dans le système — elle y entre avec ses termes.

En février 2024, elle monte sur la scène des Victoires de la Musique, nommée dans les catégories Révélation féminine et Révélation scène de l'année. Baggy jaune poussin. Énergie du diable. Elle interprète Jack Sparrow devant les caméras de France 2. Derrière elle, un phare balaie la salle. Le message est limpide : une pirate à l'abordage, entourée de sa fanfare caribéenne. L'institution la reçoit. Elle ne s'y fond pas.

En juin 2024, Caviar I, son premier album studio, confirme tout. Les influences caribéennes y sont assumées jusqu'au bout — elle y sample Mon Soleil de Princess Lover et invite la chanteuse sur scène au festival We Love Green. Un geste politique autant qu'artistique : rendre visible la filiation, ancrer le présent dans une mémoire musicale antillaise.


L'identité comme évidence

En 2025, Meryl se dit lesbienne publiquement. Elle le formule avec la même économie de gestes qui caractérise toute sa trajectoire. Pas de coming out spectaculaire. Une phrase, dense, qui dit tout :


« Je suis une femme, je suis noire, je suis antillaise, j'aime les filles… Quand tu me vois, tu te dis que je ne te rapporterai jamais d'argent ! Mais quand tu as les compétences et qu'on ne peut appeler personne d'autre à part toi, on se fiche de la question de ton identité. C'est ton travail et ton éthique qui priment. »

— Meryl, 2025


Il y a dans cette déclaration une lucidité froide que l'on retrouve partout dans le parcours de Meryl. Elle ne demande pas à être acceptée. Elle constate qu'elle est indispensable. La différence est immense.

En novembre 2025, La Dame sort — album plus intime, porté par Shatta Confessions, Champagne ké fraises et une collaboration avec Eva sur Coco Chanel. Le titre de l'album n'est pas anodin. Une dame, dans le sens antillais du terme — respect qui se mérite, pas qui se réclame.


Bercy, octobre 2026

Le 27 octobre 2026, Meryl joue à l'Accor Arena. Vingt mille places. Sold out en quelques semaines. Une date supplémentaire ajoutée le 26. La salle de Bercy, celle des grandes tournées mondiales, celle où l'on mesure le poids commercial d'un artiste dans le paysage musical français.

Elle y arrive sans avoir traduit sa culture. Sans avoir blanchi son son. Sans avoir gommé son créole, tu son identité, ni joué le rôle que l'industrie aurait pu lui assigner — la révélation exotique, la voix caribéenne décorative, la femme noire tolérable.

Elle y arrive en ayant dit exactement qui elle était à chaque étape. Et l'industrie, finalement, a suivi.


Partie de la Martinique avec une plume et un sens aigu de ce qu'elle valait, Meryl a traversé les coulisses du rap parisien sans s'y perdre, pour finir debout sous les projecteurs de Bercy — dans son son, dans sa langue, dans sa vie. L'insolence n'est pas dans la posture. Elle est dans la méthode.






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