Trente ans après l'assassinat de l'icône du hip-hop, Maurice Shakur, son demi-frère, sort de l'ombre et attaque en justice. Une démarche historique qui pourrait enfin lever le voile sur l'une des affaires les plus mystérieuses du rap game.
Ça fait trois décennies que la communauté hip-hop attend des réponses. Trente ans que le meurtre de Tupac Shakur plane comme une ombre sur toute une culture. Et aujourd'hui, la famille du légendaire rappeur décide de frapper fort : Maurice Shakur, son demi-frère, vient de déposer une plainte pour mort injustifiée contre Duane « Keffe D » Davis — l'homme qui sera jugé au pénal pour l'assassinat — ainsi que contre des dizaines de co-conspirateurs encore non identifiés.
L'objectif est clair : obtenir des dommages et intérêts, certes, mais surtout faire éclater la vérité au grand jour. Qui étaient vraiment les hommes dans l'ombre ? Quelle est l'étendue précise du complot ? La plainte veut répondre à chacune de ces questions.
Cette Nuit du 7 Septembre 1996
Pour ceux qui ont besoin de se remémorer les faits : tout commence après le combat de Mike Tyson au MGM Grand de Las Vegas. Tupac et son entourage, dont Marion « Suge » Knight, fondateur de Death Row Records, prennent la route pour une soirée post-combat. C'est alors qu'une Cadillac blanche s'arrête à leur hauteur à un feu rouge et lâche huit coups de feu sur leur BMW. Tupac est touché quatre fois. Il décède quelques jours plus tard. Il avait 25 ans.
L'affaire est restée sans réponse officielle pendant près de 27 ans, nourissant théories du complot et spéculations en tout genre.
Keffe D Dans le Collimateur
Le tournant arrive en 2023 quand les autorités du Nevada arrêtent enfin Duane « Keffe D » Davis, ancien chef de gang et l'un des derniers témoins vivants du drame. L'accusation est lourde : il aurait orchestré toute l'opération depuis la Cadillac blanche. Pire encore, Davis lui-même avait raconté son rôle dans ses mémoires publiées en 2019, se présentant comme le « commandant sur le terrain de l'opération visant à tuer Tupac », suite à une altercation entre le rappeur et son neveu, Orlando « Baby Lane » Anderson. Davis plaide non coupable. Ses avocats affirment qu'il aurait fabriqué ces déclarations pour en tirer profit. Le procès pénal est attendu en août.
Un Complot Bien Plus Large ?
Ce qui rend cette nouvelle plainte civile particulièrement explosive, c'est ce qu'elle sous-entend. D'après Maurice Shakur, des informations récentes — dont des témoignages devant un grand jury et la série documentaire Netflix sur Sean Combs — auraient mis en lumière « un complot bien plus vaste et complexe » qu'on ne le pensait pour assassiner Tupac.
La plainte est sans équivoque : « Des individus impliqués dans le meurtre de Tupac n'ont toujours pas eu à répondre de leurs crimes, 30 ans après. »
Ce n'est pas la première fois que la famille se bat sur ce front. En 1997, Afeni Shakur, la mère du rappeur, avait déjà porté plainte contre Orlando Anderson, longtemps suspecté. Mais Anderson fut tué par balle en 1998 dans un incident séparé, mettant fin à cette procédure.
La Vérité, Toute la Vérité
Cette plainte civile, au-delà des dommages financiers réclamés, envoie un message fort : la famille Shakur n'a pas dit son dernier mot et elle veut des noms, des faits, des responsabilités. Pour Tupac. Pour l'histoire. Pour toute une génération qui a grandi avec sa musique.
Le hip-hop retient son souffle.