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Legalize It, 50 ans : le fils chante, la foule répond, le message reste

Le 17 octobre, à Woodstock Beach, Andrew Tosh et Anthony B ont porté le Tosh Fest 2026, au cœur d’une semaine consacrée à l’album qui a fait de Peter Tosh la voix la plus intransigeante du reggae. Il a plu sur Negril, et la foule est venue quand même. Ce samedi 17 octobre, sur la plage de Woodstock, dans le Westmoreland, artistes, passionnés de culture et mélomanes se sont retrouvés pour le Tosh Fest 2026, avec un seul objectif : célébrer les 50 ans de Legalize It, l’album paru en 1976, le premier de Peter Tosh chez Columbia après son départ des Wailers. « Je suis touchée par le nombre de personnes venues rendre hommage à l’héritage de mon père malgré la pluie », a confié Niambe Tosh, directrice de la Fondation Peter Tosh. L’averse a retardé le début des festivités. Elle n’a pas entamé la ferveur. Une soirée qui commence par les tambours La célébration a démarré par une cérémonie de percussions nyabinghi, rappel des racines spirituelles rastafari qui ont façonné la musique reggae. Une ...

Du Salvador au Japon : jusqu’où la prison peut-elle aller ?

Du Costa Rica, qui vient d’ouvrir sa mégaprison inspirée du modèle Bukele, aux quartiers de haute sécurité français nourris de l’antimafia italienne, la lutte contre le crime organisé redessine les prisons. Le Japon, lui, pose la question à l’envers : que doit produire une peine ?

Costa Rica : des images venues du Salvador

Les images ont circulé le 27 octobre. Des détenus à la tête rasée, en uniforme orange, agenouillés, le regard rivé au sol. Les 123 premiers détenus sont entrés au Centre de haute contention contre le crime organisé (CACCO) le lundi 26 octobre, et les images n’ont été diffusées que le lendemain. Quiconque a vu celles du CECOT, la prison salvadorienne devenue l’emblème de la politique de Nayib Bukele, a reconnu la scène.

Ce n’est pas un hasard. Le Salvador a fourni son assistance technique au projet, et la présidente Laura Fernández s’est rendue sur place pour étudier le fonctionnement du CECOT. Le CACCO, inauguré le 14 octobre, peut accueillir 5 100 détenus, répartis en cinq modules de 1 020 places, avec des cellules pouvant contenir jusqu’à 60 personnes.

Il y a encore quelques années, ce n’était pas l’image que le Costa Rica renvoyait au monde. Le pays avait bâti sa réputation sur la nature et la paix. Il a aboli son armée en 1948, une rareté en Amérique latine, et fait de sa biodiversité un argument de développement. Un quart de son territoire est protégé, la forêt en recouvre près de 58 %, et le tourisme écologique est devenu l’un des moteurs de son économie. En 2025, 2,9 millions de visiteurs y sont entrés, en majorité des Américains venus chercher le « pura vida » : forêts tropicales, volcans, plages, tortues et paresseux.

Cette carte postale est aujourd’hui fissurée. Le taux d’homicides a atteint 17 pour 100 000 habitants en 2025, près de trois fois la moyenne mondiale. Le pays qui vendait la sérénité à ses visiteurs se dote maintenant d’une prison où l’on rase, aligne et agenouille les détenus. Le contraste dit à lui seul l’ampleur du basculement.

Le contexte explique l’empressement. Les chiffres sont là : le pays a enregistré 905 homicides en 2023, puis 876 en 2024 et 873 en 2025. Le ministre de la Justice évoque une surpopulation carcérale d’environ 59 %. Pour le gouvernement, le CACCO doit permettre à l’État de reprendre le contrôle des prisons et de limiter l’infiltration du crime organisé.

Mais le choix des premiers détenus raconte autre chose qu’un plan de désengorgement. Parmi eux figurent trois suspects du meurtre d’un policier, Gerson Rosales Cascante, placés là sur demande de la présidente elle-même. La mise en scène est assumée, et elle suscite des réserves. Une association de défense des détenus dénonce un traitement dégradant. Elle a aussi saisi la Cour constitutionnelle, en pointant notamment deux médecins et deux infirmiers pour environ 5 000 personnes.

La France : l’étanchéité avant la démonstration

Le modèle ne s’arrête pas à l’Amérique centrale. En France aussi, la prison change de logique, mais pas avec les mêmes codes. La loi du 13 juin 2025 contre le narcotrafic a conduit, en six mois, à la création de deux quartiers de lutte contre la criminalité organisée, à Vendin-le-Vieil puis à Condé-sur-Sarthe.

Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, a ouvert en juillet 2025, avec 100 places. Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne, a suivi en octobre 2025 avec 40 places, équipé de portiques à ondes millimétriques, de dispositifs contre les communications illicites et contre les survols de drones. L’objectif principal du régime est de rendre ces quartiers aussi étanches que possible avec l’extérieur. Il s’agit d’empêcher les chefs de réseaux de continuer à diriger leurs trafics, de menacer des témoins ou de commanditer des violences depuis leur cellule.

Le placement est décidé par le garde des Sceaux, pour un an renouvelable. Un an après, 140 personnes y sont affectées, dont 100 à Vendin-le-Vieil. Trois nouveaux sites sont prévus en 2026. Le dispositif est donc appelé à grandir.

Il a aussi passé l’épreuve des juges. Le 28 octobre 2025, le Conseil d’État a jugé légal le décret d’application, estimant que les garanties étaient suffisantes pour le placement comme pour le respect des droits des détenus. Le Conseil constitutionnel avait déjà examiné les motifs de placement et les avait jugés suffisamment précis. Le contraste avec le Salvador est net : pas d’état d’exception, pas d’arrestations de masse, pas de mise en scène collective des corps. La France cible quelques profils jugés particulièrement dangereux, dans un cadre légal.

L’Italie : le modèle antimafia

Cette orientation a une source revendiquée. Les quartiers français s’inspirent du carcere duro italien, instauré contre la mafia dans les années 1990. C’est le fameux régime du 41-bis, né de l’expérience d’un pays confronté à Cosa Nostra, à la Camorra ou à la ‘Ndrangheta. Son principe tient en une phrase : un chef mafieux emprisonné peut continuer à commander tant qu’il garde des relais vers l’extérieur. Le 41-bis coupe ces relais.

C’est une logique d’isolement opérationnel, pas de spectacle. Et c’est ce qui distingue l’antimafia du modèle Bukele, devenu une politique pénale de masse indissociable de la communication du pouvoir. Les deux se rejoignent pourtant sur un point : réduire radicalement les relations qu’un détenu peut entretenir.

Cela ne règle pas la question des limites. Le Conseil d’État et le Défenseur des droits ont tous deux alerté sur le manque de garanties et rappelé que seule la nature exceptionnelle de la criminalité organisée pouvait justifier de telles restrictions. La durée de l’isolement et ses effets sur la santé psychique restent le point sensible de tous ces régimes.

Le Japon : et si la question était ailleurs ?

Le Japon n’a rien d’un équivalent du Salvador. Son système est souvent associé à une grande rigueur, faite de règles précises sur les horaires, les déplacements et le comportement. Mais l’actualité japonaise va dans une direction que le débat européen regarde peu.

Depuis le 1er juin 2025, le Japon a unifié l’emprisonnement avec travail obligatoire et l’emprisonnement sans travail obligatoire, créant le premier nouveau type de peine depuis le Code pénal de 1907. Le travail n’est plus imposé à tous, et le traitement combine travail et accompagnement selon les caractéristiques de chaque détenu. L’objectif affiché est de réduire la récidive, qui touchait 47 % des personnes en 2023.

Un autre élément pèse dans la réforme. Les prisons japonaises vieillissent, et certains détenus ne peuvent plus assurer le travail pénitentiaire en raison de leur état physique ou cognitif. Là encore, il ne s’agit pas d’une transposition annoncée vers la France. Le Japon sert ici de point de comparaison, pas de modèle.

Que doit produire la prison ?

Le Salvador mise sur la démonstration de force, le Costa Rica en reprend les codes, la France et l’Italie visent la neutralisation des chefs, le Japon s’intéresse à ce qui se passe après la peine. Ces modèles ne sont ni équivalents ni interchangeables. Ils répondent pourtant à la même question : que doit produire une prison ?

Neutraliser, dissuader ou réinsérer : ces objectifs peuvent se compléter, mais ils se heurtent souvent. Un régime très restrictif peut couper des communications criminelles et soulever de vraies questions sur l’isolement. Une incarcération massive donne une impression de reprise en main, sans garantir que les organisations criminelles seront durablement démantelées. Et les images de détenus agenouillés disent surtout quelque chose de l’État qui les diffuse.

La vraie mesure n’est donc ni la hauteur des murs ni la dureté du régime. C’est ce qui en sort : moins de crimes, ou seulement plus de peur ?