À 18 ans, 1,98 m pour 150 à 155 kg, Ismaël Camara est le plus grand espoir français du football américain. Formé en Sarthe, révélé dans un lycée texan de 5 000 habitants, il a choisi les Longhorns d’Austin et regarde déjà vers la NFL, où aucun Français n’a disputé un match depuis trente-quatre ans.
Il en impose jusque sur l’écran d’une webcam, à 8 000 kilomètres. Fin septembre, Ismaël Camara nous parle depuis le Texas, où la saison lycéenne a repris très tôt. Il joue pour Gilmer, une ville de 5 000 habitants dont le programme de football américain compte parmi les plus réputés de l’État. Son poste est celui de left tackle, chargé de protéger l’angle mort du quarterback. Il l’occupe depuis l’âge de 16 ans, et il le dit sans fausse modestie : il s’en sort très bien.
Un flyer dans la boîte aux lettres
Enfant, il touche à tout : basket, boxe, jiu-jitsu brésilien, gymnastique, badminton, puis football. Né à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, il se rêve attaquant jusqu’à ce que son corps tranche. À 12 ans, il mesure 1,88 m pour 120 kg et comprend que sa carrière de footballeur s’arrêtera là.
Le déclic tient à une coïncidence. Un jour où sa grand-mère l’envoie chercher le courrier, il trouve dans la boîte aux lettres le flyer d’un club, les Caïmans 72 du Mans, avec une phrase qui lui est destinée : grand, petit, gros, maigre, ce sport est fait pour toi. Deux jours plus tard, il est à l’entraînement. Le Covid, puis son jeune âge, lui volent sa première saison en U16. Il explose la suivante et remporte en 2022 le titre territorial face au Flash de La Courneuve, qui le bat en finale l’année d’après.
Se faire voir depuis la France
Quand on est européen, se faire une place face au vivier américain n’a rien d’évident. Ismaël Camara monte lui-même ses vidéos à partir des matchs filmés par son club, les publie sur Twitter, ajoute des coachs et leur écrit. Plusieurs lycées américains finissent par répondre. Il retient Gilmer.
La première bataille n’a rien de sportif. Il arrive sans parler anglais, et la langue lui pose problème, surtout à l’école. Ses coéquipiers l’aident à tenir. Vient ensuite une année entière sans jouer, pour des raisons réglementaires liées à son transfert. Il raconte avoir pleuré, tant il lui était dur de rester sur la touche. Avec le recul, il y voit pourtant la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis son arrivée aux États-Unis.
Du « french freak » aux cinq étoiles
Dès qu’il est autorisé à jouer, sa réputation s’étend. Il enchaîne les camps universitaires et, selon lui, accumule environ vingt-cinq offres avant même d’avoir disputé un match avec l’équipe première. Sa première vraie saison, en 2025, le place parmi les meilleurs joueurs de l’État du Texas (All-State). Ses coéquipiers l’ont surnommé « french freak », le monstre français. En janvier 2026, il est invité au Polynesian Bowl, à Hawaï, un match qui réunit les meilleurs lycéens du pays. Il revendique 171 « pancake blocks » sur la saison, ces blocages qui envoient un défenseur au sol.
Les recruteurs lui attribuent cinq étoiles, la plus haute note, présentée comme du jamais-vu pour un Français. Il figure parmi les vingt meilleurs joueurs du pays selon le classement 247Sports. Les offres dépassent la quarantaine, d’Alabama à LSU en passant par Texas A&M. Le 4 juillet 2026, il s’engage avec l’université du Texas, devant Oregon, SMU et LSU, notamment.
Les Longhorns sont une institution : quatre titres nationaux (1963, 1969, 1970, 2005), un stade de plus de 100 000 places, et douze joueurs sélectionnés à la draft 2025, un record pour l’université. Le nageur Léon Marchand s’entraîne lui aussi à Austin. Ismaël Camara met en avant des raisons simples : il vit au Texas, c’est pour lui l’école numéro un, et d’anciens joueurs de l’université sont devenus ses grands frères. Refuser les autres a été difficile, reconnaît-il.
La NFL en ligne de mire, sans se raconter d’histoires
Son rêve a un nom, Baltimore. Il se dit grand fan des Ravens et cite comme modèle Trent Williams, left tackle des San Francisco 49ers, l’un des joueurs offensifs les mieux payés du pays. L’argent n’explique pas tout, dit-il, mais il assume en faire un objectif. À Austin, où il arrivera en janvier, il veut retrouver la sensation de repartir de zéro. Il a hâte, dit-il, de découvrir la salle de musculation.
Les comparaisons avec Victor Wembanyama ou Kylian Mbappé sont séduisantes, mais prématurées. S’il suit le parcours universitaire classique, quatre années le séparent encore de la draft. Richard Tardits, dernier Français à avoir joué en NFL, a disputé sa dernière saison en 1992.
Ce parcours en dit aussi long sur le système que sur le joueur. Un flyer glissé dans une boîte aux lettres, des vidéos montées à partir des images d’un club amateur, un départ à 16 ans pour être vu : le talent est né en France, et c’est ailleurs qu’il a trouvé les moyens de se montrer.