À LA UNE

Artistes et extrême droite : quand le silence devient un choix politique

Dans une publication récente, l’artiste El diablo dit son écœurement face au mutisme d’une partie du showbiz français devant la montée de l’extrême droite. Un coup de gueule brut, sans précaution oratoire, qui repose une question aussi ancienne que la musique populaire : à quoi sert un artiste quand le débat public se durcit ? Un cri de colère, sans filtre Le texte tient en quelques lignes, et chaque ligne claque. El diablo dit que le « silence assourdissant » d’une grosse partie du showbiz français face aux « saloperies d’extrême droite » qui se déroulent « sous nos yeux » le rend « malade ». Il somme ses pairs de se réveiller, d’ouvrir grand leurs gueules, et pose le principe : les artistes ont toujours eu l’obligation morale de dénoncer les tyrans. Le vocabulaire est celui de la rage, pas du communiqué. C’est aussi ce qui fait la force de la publication : elle ne cherche pas à plaire, elle cherche à secouer. Une tradition qui n’a rien de neuf Ce que réclame El diablo n’a rien d’...

« Nous ne sommes pas leur garde prétorienne » : un texte signé d’un policier appelle ses collègues à ne pas devenir l’adversaire du peuple

Publié le 22 octobre sur le Club de Mediapart sous le pseudonyme « Un policier désemparé », ce texte interroge la place des forces de l’ordre dans une démocratie. L’identité de son auteur n’étant pas établie, nous ne pouvons vérifier qu’il s’agit effectivement d’un policier. Son propos n’en soulève pas moins une question essentielle : au service de qui la force publique doit-elle agir ?

Depuis plusieurs semaines, la rue est en ébullition. Le 17 octobre, lycéens, étudiants, syndicats, gilets jaunes et agriculteurs étaient attendus dans la rue, avec un dispositif policier renforcé, et la gendarmerie a évoqué des incidents particulièrement violents dans de nombreuses villes. Les forces de l’ordre sont en première ligne, et c’est à elles que s’adresse ce texte, écrit à la première personne du pluriel, comme une adresse entre collègues. Son auteur annonce vouloir dépasser les questions de procédures et de maintien de l’ordre pour interroger l’identité même du policier : protège-t-il encore la République, ou ceux qui la gouvernent ? 

Son diagnostic tient en un « piège ». Face à une colère sociale qu’il décrit comme profonde, le pouvoir, estime-t-il, charge les policiers de la contenir sans en traiter les causes. Ils deviennent ainsi le visage d’un pouvoir qui n’écoute plus, tandis que ceux qui décident restent loin des affrontements. Il résume cette logique par une opposition entre ceux qui prennent les coups et ceux qui prennent les décisions. Le risque est double : que le peuple voie dans les policiers un adversaire, et que les policiers voient une menace dans chaque manifestant.

L’auteur ne verse pourtant pas dans l’angélisme. Il ne demande ni de fermer les yeux sur les violences, ni d’abandonner un collègue blessé, ni de tolérer le pillage. Sa ligne est de protéger les manifestants pacifiques, de défendre les commerces, d’arrêter les auteurs de violences et de secourir les blessés. Il refuse l’amalgame entre les auteurs de violences et l’ensemble de ceux qui réclament du changement.

Il s’appuie sur l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, selon lequel la force publique est instituée « pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». Elle n’appartient donc ni aux policiers ni aux gouvernants : elle leur est confiée pour garantir les droits de tous.

Le texte revendique aussi, pour les policiers, le droit à la colère : manque de moyens, injonctions contradictoires, heures supplémentaires, absence de reconnaissance. L’auteur rappelle qu’ils sont aussi des citoyens, des travailleurs, des parents, qui connaissent le prix des courses, des loyers et du carburant. « Il n’y a pas deux peuples », écrit-il. Il refuse que le devoir de réserve devienne un devoir d’aveuglement, tout en rappelant que l’uniforme ne doit jamais servir des opinions personnelles.

Ce texte résonne aussi chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, qui portent des dreadlocks, qu’ils soient Rastafari ou non, par conviction, par style ou par mode, et chez celles et ceux qui, sans locks, viennent visiblement des quartiers populaires. Tous disent éprouver une méfiance envers les forces de l’ordre, nourrie par le sentiment d’être regardés, contrôlés ou suspectés avant d’avoir rien fait. Ce ressenti n’est pas qu’une impression. Selon une enquête du Défenseur des droits, les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés, et décrivent des relations plus dégradées avec les forces de l’ordre. Cette enquête, publiée en 2017, ne porte ni sur les coiffures ni sur les quartiers en tant que tels, mais elle documente une défiance réelle, installée de longue date. 

Elle donne tout son poids à la question posée par ce texte : une police qui se vit comme l’adversaire d’une partie du peuple ne l’est jamais sans conséquences. Cette prise de parole défend une conception exigeante du métier : la loyauté envers la République ne saurait se réduire à l’obéissance au pouvoir exécutif. Ce point de vue ne représente pas nécessairement celui de l’ensemble des policiers, dont les conceptions du maintien de l’ordre et des obligations professionnelles peuvent diverger. Mais il pose une question démocratique fondamentale : comment garantir que la force publique demeure au service des citoyens, y compris lorsque ceux-ci contestent les décisions de ceux qui les gouvernent ?

À lire en intégralité : « Nous ne sommes pas leur garde prétorienne », sur le Club de Mediapart