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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Thélyson Orélien sort du silence

Après trois semaines de tempête, l’écrivain canado-haïtien reconnaît avoir copié des auteurs dans ses textes canadiens, mais conteste toute intervention de l’IA dans son roman. Une confession qui pose une question plus large : jusqu’où l’envie de « réussir » peut-elle faire dévier un artiste, et que reste-t-il alors de son talent ?

Ce qu’il dit

Mardi 13 octobre, dans un texte transmis à l’AFP, Thélyson Orélien affirme qu’aucune phrase de C’était ça ou mourir n’a été créée par une machine. Il parle de « calomnie » et d’« hérésie », tout en admettant avoir utilisé des outils « çà et là » pour ses recherches. Mais il reconnaît aussi avoir plagié des auteurs reconnus après son arrivée au Canada, parle d’« erreurs inacceptables » et présente ses excuses « sans réserve ». Il dénonce enfin les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste qu’il subit.

Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas

Des plagiats sont avérés, révélés par La Presse et Radio-Canada, puis avoués. Ils portent sur des textes anciens : une chronique de 2013 et une nouvelle primée. L’accusation d’IA, elle, reste une accusation. Les détecteurs se contredisent, et l’Académie Goncourt, qui a exclu le roman de sa sélection, s’est prononcée sur la foi d’une vraisemblance, pas d’une preuve. Cette distinction compte : avouer des fautes passées ne démontre rien sur le livre d’aujourd’hui, mais cela ruine la présomption de confiance dont il bénéficiait.

Le poids du « y arriver »

La mécanique est connue. Pour un artiste venu d’ailleurs, sans réseau, sans maison d’édition qui le porte, les places sont rares et le regard sceptique. Arrivé au Québec en 2010, loin de tout ce qu’il connaissait, Orélien a dû se faire une place dans un milieu qui ne l’attendait pas. Cette pression pousse beaucoup d’artistes à imiter, à emprunter, à brûler des étapes : en musique, on appelle ça « jouer le riddim des autres » avant d’avoir le sien. Comprendre cette pression n’est pas l’excuser. Des milliers d’auteurs dans la même situation n’ont pas copié.

Et il y a ceux dont on parle le moins. Les auteurs plagiés, d’abord : leurs noms sont absents du débat, alors qu’ils sont les premières victimes, dépossédés de leurs mots sans jamais avoir été crédités ni même prévenus. Viennent ensuite tous ceux qui ont perdu une place parce qu’on a cru, à un moment donné, Orélien plus talentueux qu’eux : le concurrent qui n’a pas eu le prix décerné à une nouvelle copiée, l’auteur dont la chronique n’a pas été publiée à la place d’un texte emprunté. Ces victimes-là sont invisibles, parce qu’on ne sait jamais qui a été évincé. Dans un milieu où les places sont rares, un texte volé et récompensé prend la place de quelqu’un d’autre.

Une fierté déçue

Pour beaucoup de lecteurs, Thélyson Orélien était plus qu’un auteur à succès. Un écrivain haïtien, venu d’un pays que l’on réduit trop souvent à ses malheurs, qui s’impose en tête des ventes et des sélections en France : cette trajectoire, des milliers de personnes l’ont vécue comme une victoire collective. Ceux qui l’ont défendu dans les premiers jours, face aux accusations d’IA et aux attaques racistes, l’ont fait en bonne foi, parfois avec ferveur. Aujourd’hui, une partie de cette fierté est blessée. Ce n’est pas seulement de la déception envers un homme : c’est le sentiment d’avoir porté un étendard qui n’était pas tout à fait propre. Cette amertume est légitime, et il serait malhonnête de la balayer au nom de la solidarité.

Un doute qui va rester

Il faut aussi regarder le coût à long terme. Même si aucune preuve d’IA n’est jamais produite, le doute est désormais collé à son nom. Chaque répétition, chaque rythme, chaque phrase particulièrement réussie sera relue à la loupe, et ce soupçon ne s’effacera pas par un démenti. Pire : le soupçon qui l’a visé, parfois à tort et avec des relents racistes, s’est trouvé conforté par les plagiats avérés, et il pourrait servir de prétexte pour disqualifier d’autres voix caribéennes ou afro-descendantes. C’est aussi une conséquence de ses fautes, et ce n’est pas lui seul qui la paiera.

Son talent en sort-il amoindri ?

Honnêtement, ça dépend de ce qu’on appelle talent. Le plagiat ne dit pas qu’on ne sait pas écrire : il dit qu’à certains moments on a préféré ne pas avoir à le prouver. Mais il rend toute lecture de son œuvre suspecte, y compris pour les passages qui seraient de lui. Le roman a trouvé un vaste public, et personne ne peut retirer aux lecteurs l’émotion qu’ils y ont trouvée. En revanche, la confiance entre un auteur et son lecteur est la seule monnaie de la littérature, et elle ne se regagne que par la transparence : sa version des faits, ses brouillons, ses sources, vérifiables par des tiers. Il avait promis un dossier de preuves. C’est maintenant qu’il doit le sortir.

Reste une question que lui seul peut trancher : comment être fier de son parcours quand on sait ce qui s’y est glissé ? La fierté d’un artiste ne se mesure pas aux tirages ni aux sélections, mais à ce qu’il peut regarder en face dans son propre travail. Il a pris la parole, il s’est excusé : c’est un début, pas une absolution. S’il veut pouvoir un jour être fier de son œuvre sans réserve, le chemin passe par les auteurs qu’il a copiés, par ceux qu’il a devancés, et par un texte dont chaque ligne pourra être défendue sans crainte.

Notre position

Dans notre article du 23 septembre 2026, nous avons dénoncé le réflexe de suspicion, la fiabilité douteuse des détecteurs et les attaques racistes : sur ces points, rien ne change. Mais les aveux de ce jour nous obligent à corriger le cadrage : nous ne pouvons plus parler d’un simple salissage. Les plagiats sont des fautes, il les assume, et cet aveu aurait dû venir plus tôt. Défendre un artiste n’oblige pas à défendre tous ses actes, ni à oublier ceux qu’ils ont lésés.

Sources : AFP (via Radio-Canada, Le Temps, Paris Match Belgique, 13/10/2026), Le Monde/AFP du 24/09, La Presse et Radio-Canada sur les plagiats.