La Banque mondiale a annoncé mercredi un nouveau programme baptisé « Water Forward », censé améliorer l'accès à l'eau potable pour un milliard de personnes d'ici 2030. L'annonce est spectaculaire. Les questions qu'elle soulève le sont tout autant.
Le plan, en clair
Le principe est simple à résumer : la Banque mondiale dit vouloir mobiliser ses propres fonds et son expertise technique pour atteindre directement quelque 400 millions de personnes, le reste devant provenir de partenaires — banques régionales de développement, fonds de développement de l'OPEP, Nouvelle banque de développement des BRICS. Quatorze pays se sont déjà engagés à réformer leurs secteurs de l'eau dans le cadre du programme.
Ce que la Banque mondiale n'a pas précisé : le montant exact des capitaux qu'elle engagera elle-même. Pour un plan qui se revendique historique, le flou budgétaire est pour le moins remarquable.
Le problème réel est connu depuis longtemps
Quatre milliards de personnes — la moitié de l'humanité — font face à une pénurie d'eau. Ce chiffre n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est l'aveu que la Banque mondiale en fait : si la situation en est là, c'est aussi à cause de « politiques floues, une réglementation insuffisante et des services publics financièrement non viables ». Autrement dit, des décennies de sous-investissement, d'ajustements structurels et de privatisations mal calibrées ont contribué à aggraver une crise que les institutions internationales — dont la Banque mondiale elle-même — n'ont pas su endiguer.
David Michel, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales, note que l'accent mis sur la gouvernance plutôt que sur les seules infrastructures physiques est « prometteur ». Mais il tempère immédiatement : dans de nombreux pays, le secteur de l'eau n'utilise déjà pas pleinement les fonds qui lui ont été alloués. Le problème n'est donc pas uniquement financier. Il est politique, institutionnel, et souvent directement lié aux conditions imposées par les bailleurs eux-mêmes.
L'eau comme variable économique
Ce qui mérite attention dans la communication de la Banque mondiale, c'est le cadrage choisi. L'eau n'y est pas présentée comme un droit fondamental — reconnu pourtant par l'ONU depuis 2010. Elle est présentée comme une condition de la croissance économique et de l'attractivité pour les investisseurs privés. « Des systèmes d'approvisionnement en eau performants sont essentiels à des économies saines, capables d'attirer les investissements privés et de créer des emplois », dit la banque.
Ce glissement n'est pas anodin. Mettre l'eau au service de l'économie plutôt que des populations, c'est hiérarchiser les priorités d'une façon qui a déjà montré ses limites — et ses dégâts — dans les pays où les réformes du secteur de l'eau ont été conditionnées à des logiques de rentabilité.
La guerre, révélateur brutal
L'annonce intervient dans un contexte où la fragilité des systèmes hydriques est devenue visible de façon dramatique. Les bombardements au Moyen-Orient ont endommagé des usines de dessalement en Iran et dans toute la région, mettant en lumière ce que les spécialistes savent depuis longtemps : l'eau est une infrastructure de guerre autant qu'une infrastructure de vie. Aucun plan de financement multilatéral ne résoudra ce problème-là. Mais il aurait peut-être mérité d'être nommé autrement que comme une note de bas de page.
Ce qu'on attend maintenant
« Water Forward » a un long chemin à parcourir, reconnaît lui-même David Michel. Ce chemin sera d'autant plus difficile que le succès du programme dépendra moins des annonces faites à Washington que de ce qui se passera dans les ministères, les municipalités et les quartiers populaires des quatorze pays signataires — et de ceux qui rejoindront le programme ensuite.
Un milliard de personnes. Quatre ans. Pas de montant précis. Des partenaires dont les intérêts ne convergent pas toujours. Et une définition de l'eau qui, dans ce document, ressemble davantage à un argument d'attraction des capitaux qu'à une promesse faite aux populations.
On surveille.
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