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Pacte européen sur la migration : le droit d'asile entre en procédure

C'est entré en vigueur aujourd'hui, 12 juin 2026. Le Pacte de l'Union européenne sur la migration et l'asile — adopté en mai 2024, deux ans de délai d'application — est désormais du droit contraignant pour les vingt-sept. Dix textes législatifs. Une refonte complète de la manière dont l'Europe gère ses frontières, instruit les demandes de protection, et répartit — ou évite de répartir — ses responsabilités. Ce que ça change pour ceux qui arrivent Le Pacte renforce considérablement le contrôle aux frontières extérieures de l'Union européenne. Toute personne arrivant de manière irrégulière, qu'elle sollicite ou non une protection internationale, est désormais soumise à un filtrage systématique dans des zones dédiées. Concrètement : avant même qu'une demande d'asile soit instruite, chaque arrivant est enregistré, photographié, prélevé biométriquement. La base de données Eurodac est élargie : elle intégrera désormais des images faciales et des donn...

Coupe du Monde#4 : ce que les maillots racontent vraiment

Un maillot de football n'est pas un vêtement. C'est un texte. Il porte une histoire, une économie, parfois une idéologie. À l'approche de la Coupe du monde 2026, le journaliste britannique Joey D'Urso, auteur de More Than a Shirt, rappelle que les 48 maillots nationaux qui s'affronteront cet été sont autant de récits à déchiffrer — à condition de savoir où regarder.

Commençons par le cas qui nous concerne le plus directement. Le Ghana jouera cet été avec un maillot blanc orné d'une grande étoile noire. Pour beaucoup de spectateurs, c'est simplement le design de l'équipe nationale. Pour qui connaît l'histoire, c'est autre chose. Cette étoile noire rend hommage à la Black Star Line, la compagnie maritime fondée par Marcus Garvey au début du XXe siècle — première entreprise de transport maritime détenue et gérée par des Noirs, symbole central du mouvement panafricain. Quarante ans plus tard, lors de l'indépendance du Ghana en 1957, la Black Star Line devenait emblème national, gravée dans le drapeau, dans l'architecture d'Accra, et sur les maillots de la sélection. Chaque fois que les Black Stars entrent sur un terrain de Coupe du monde, ils portent Garvey avec eux. Ce n'est pas du marketing. C'est de la mémoire.

C'est précisément ce que D'Urso documente dans son livre : les maillots nationaux, contrairement aux maillots de clubs, sont vierges de sponsors commerciaux — la FIFA réserve cet espace à ses propres partenaires — mais ils sont chargés d'une autre sorte de contenu. Chaque couleur, chaque symbole, chaque choix de design a une genèse. Le jaune brésilien est né de la défaite traumatique de 1950 face à l'Uruguay au Maracanã — le Brésil jouait en blanc ce jour-là, et le blanc fut banni. Le blanc et noir allemand remonte aux couleurs de la Prusse, État précurseur de l'Allemagne unifiée — et c'est sous ces mêmes couleurs que l'Allemagne nazie jouait, avant que la victoire de 1954 puis la Coupe du monde de 2006 ne permettent de réapproprier le drapeau national dans un contexte enfin débarrassé de sa connotation raciste.

Le maillot de l'Ouzbékistan, pays qui dispute sa première Coupe du monde, est d'un bleu inspiré des carreaux de faïence de Samarcande, l'une des plus anciennes villes du monde. Celui du Japon, bleu lui aussi, est officiellement présenté depuis vingt ans comme la couleur des samouraïs — mais D'Urso démonte le mythe : cette couleur vient simplement d'une équipe universitaire qui est devenue par hasard l'équipe nationale. "Si vous vendez un maillot en polyester à 85 livres, vous voulez bien vendre une histoire", observe-t-il avec une franchise désarmante.

Ce distinguo est essentiel. Il y a les histoires vraies — Ghana, Brésil, Allemagne — et les histoires fabriquées, produites par les départements marketing des équipementiers pour donner de la profondeur à un produit dont la fonction première est commerciale. D'Urso ne condamne pas, il documente. Mais la distinction mérite d'être faite, parce qu'elle touche à quelque chose de plus large : la façon dont le football est devenu une machine à produire du récit au service d'intérêts qui dépassent largement le sport.

Sur les maillots de clubs, c'est encore plus flagrant. D'Urso rappelle que Manchester City appartient au cheikh Mansour des Émirats arabes unis, Newcastle United à l'Arabie saoudite, et que Chelsea a construit sa domination européenne grâce à des fonds directement liés à l'État russe via Roman Abramovich. Les maillots de ces clubs ne portent pas ces noms sur leurs tissu — ils portent des sponsors soigneusement sélectionnés — mais ils portent l'argent de ces États, leur stratégie de soft power, leur volonté d'exister autrement dans l'espace public mondial. Le football est devenu l'un des principaux vecteurs de ce que les politologues appellent le sportswashing : l'opération par laquelle un État ou une entité controversée utilise le sport pour améliorer son image internationale.

Les supporters, eux, ferment souvent les yeux. D'Urso le reconnaît sans les juger : "On ne devient pas supporter d'une équipe de foot pour se préoccuper de la politique complexe d'un pays lointain." C'est vrai. Mais la prise de conscience progresse, inégalement selon les cultures. En Allemagne, la règle du 50+1 impose que la majorité d'un club appartienne à ses supporters — ce qui n'a pas empêché Schalke 04 d'être sponsorisé par Gazprom pendant des années, avant que l'invasion de l'Ukraine ne rende la situation intenable. En Angleterre, la culture footballistique a longtemps été résolument apolitique. En Italie, certains clubs affichent leurs couleurs idéologiques sans ambiguïté — la Lazio à droite, d'autres clubs historiquement à gauche.

Ce que la Coupe du monde révèle, c'est l'état de cette tension à l'échelle planétaire. Quarante-huit nations, quarante-huit maillots, quarante-huit récits — certains authentiques, certains construits, tous révélateurs. Pour le lecteur averti, regarder un match de Coupe du monde sans s'interroger sur ce que portent les joueurs, c'est passer à côté de la moitié du spectacle. L'étoile noire du Ghana sur fond blanc ne raconte pas la même histoire que le logo d'un équipementier allemand sur fond prussien. La couleur d'un maillot peut traverser des siècles, porter des deuils, incarner des indépendances, célébrer des résistances.

Le ballon transmet des données en temps réel aux arbitres. Le maillot, lui, transmet autre chose — à ceux qui savent lire.

More Than a Shirt, de Joey D'Urso, est disponible en format poche. L'entretien original est à lire sur Reuters.