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Haïti : ce qui se passe vraiment dans un pays où les gangs font la loi

  Port-au-Prince et une partie du territoire haïtien échappent de plus en plus à l’autorité de l’État. Meurtres, enlèvements, viols, extorsions, déplacements forcés : les groupes armés ne se contentent plus de terroriser la population. Ils imposent leurs règles, contrôlent les routes et organisent une économie de prédation. Face à cette « gouvernance par les gangs », les autorités haïtiennes en sont arrivées à solliciter une aide internationale renforcée. Une force multinationale est déjà engagée, tandis que l’arrivée massive de militaires salvadoriens ouvre une nouvelle séquence, lourde d’incertitudes. Un pays pris dans l’étau des groupes armés Pour comprendre ce qui se passe en Haïti, il faut dépasser les images de fusillades, de bâtiments incendiés et de policiers débordés. La crise actuelle n’est pas seulement une flambée de criminalité. Elle correspond à une transformation profonde du rapport de force dans le pays : des organisations armées ont acquis une capacité de contrôle ...

L’Afrique invitée à la table du sport mondial, sa jeunesse reçoit l’addition

Dakar accueille le premier événement olympique jamais organisé sur le continent, le Maroc prépare la Coupe du monde 2030. L’Afrique est invitée à la table du sport mondial, mais elle n’en a pas écrit les règles, et ses jeunes en voient déjà la note.

C’est une page d’histoire, et personne ne la conteste. Depuis le 31 octobre et jusqu’au 13 novembre, le Sénégal reçoit les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) : environ 2 700 athlètes de 17 ans au plus, 25 sports, huit sites répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly. Ce ne sont pas les Jeux olympiques « seniors », mais c’est bien le premier événement olympique de l’histoire organisé sur le sol africain. Le CIO a créé ce format en 2010 et en a confié les trois premières éditions d’été à d’autres continents. Il aura fallu seize ans.

Le Sénégal n’est pas seul. Le Maroc coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, et construit pour l’occasion un stade de 115 000 places dont il espère faire le cadre de la finale. Avant eux, l’Afrique du Sud avait accueilli la Coupe du monde de rugby en 1995, puis celle de football en 2010. Au nord, à l’ouest comme au sud, le continent s’invite dans l’économie du spectacle sportif, avec ses stades, ses diffuseurs, ses sponsors et ses promesses d’image. Une Afrique qui veut entrer « à pieds joints » dans la modernité, et qui le dit haut et fort.

Une vitrine, mais pour qui ?

À La Médina, quartier populaire de Dakar, la fête a un goût amer. Mamadou Wadji, artisan cordonnier, a hérité de l’atelier familial. Il affirme en avoir été expulsé en septembre pour permettre l’extension d’un stade prévu pour les Jeux. Relogé avec d’autres artisans dans une école inachevée, derrière un marché, il résume son sentiment : « Nous, la population en général, et particulièrement ceux du secteur informel, nous devions être les premiers à en bénéficier. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. »

Son témoignage touche à un angle mort des grands événements sportifs. Un stade ne se construit jamais sur un terrain vierge, et ceux qui vivent et travaillent autour en paient souvent le prix les premiers. Dans le même quartier, des artisans du cuir attendaient déjà cet été la livraison d’une « Maison du cuir » censée les accueillir.

Des milliards, dans un pays sous contrainte

Le chiffre le plus cité est celui de l’État : environ 36 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 55 millions d’euros, engagés au titre du contrat d’hôte avec le CIO. À cela s’ajoutent près de 90 milliards inscrits au budget 2026 pour des infrastructures liées notamment aux Jeux, et un prêt de 60 millions d’euros de l’Agence française de développement pour rénover des équipements. Le comité d’organisation conteste les 80 milliards de coût total avancés par certains. Il assure que son budget opérationnel s’élève à 32 milliards, couverts à 60 % par le CIO et ses partenaires. Les infrastructures, elles, restent à la charge de l’État. C’est là que se joue le débat.

Car ce budget s’inscrit dans un contexte tendu. La dette du Sénégal atteignait environ 132 % du PIB fin 2024, après la révélation d’emprunts non déclarés. Dakar et le FMI ont conclu le 1er septembre un accord technique sur un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, qui doit encore être validé. Pour Momar Assane Diouf, entrepreneur et défenseur de la baisse du coût de la vie, ces dépenses « ne sont ni obligatoires ni essentielles ». Les Sénégalais, dit-il, pensent que ces fonds auraient pu servir à réduire le coût de la vie ou à améliorer le pouvoir d’achat.

Les autorités défendent un projet pensé pour la jeunesse : une académie d’apprentissage, un programme de volontariat, un village des athlètes appelé à devenir campus universitaire, et des billets vendus entre 1 000 et 5 000 francs CFA pour que le public populaire puisse entrer dans les stades. Les organisateurs espèrent aussi ouvrir la voie à une candidature africaine aux Jeux d’été de 2036 ou de 2040.

Une jeunesse qui a ses propres urgences

Mais le contexte rend la démonstration difficile. Environ 75 % des Sénégalais ont moins de 35 ans. Fin 2025, le chômage élargi atteignait 23,3 % selon l’ANSD, soit son plus haut niveau depuis le début des mesures trimestrielles, et 27,4 % chez les jeunes. La majorité des travailleurs évoluent dans l’informel. « Il y a trop de problèmes, trop de difficultés dans les familles. Même si c’est un événement important, nous avons nos propres soucis qui ne sont pas réglés », confie Paulina Netinan Nodjibougada, étudiante.

Un calendrier pour le moins ironique

Le calendrier ne manque pas d’ironie. Les Jeux de Dakar s’ouvrent alors que la jeunesse du monde, depuis un an, fait savoir qu’elle exige des conditions de vie dignes. Au Kenya, la mobilisation contre un projet de loi de finances a obligé le président Ruto à le retirer en 2024. Au Népal, le gouvernement est tombé en septembre 2025. À Madagascar, un mouvement qui réclamait notamment l’accès à l’eau et à l’électricité a fait au moins 22 morts, avant la destitution du président Andry Rajoelina et l’arrivée d’un colonel à la tête du pays.

Au Maroc, GenZ 212 a mis face à face un stade géant et des hôpitaux en souffrance, dans un slogan devenu symbole : « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux ? » Trois personnes sont mortes à Lqliaa, près d’Agadir, lors des troubles, et le gouvernement a ensuite annoncé un budget 2026 renforcé pour la santé et l’éducation. C’est une indignation déjà vue en Afrique du Sud en 2010 et au Brésil en 2014.

Dans ce contexte, la visibilité qu’apportent les grands événements sportifs ne suffit plus. Ils ont désormais l’obligation d’ouvrir de véritables perspectives durables, faute de quoi la fierté du jour se changera en frustration, puis en mécontentement.

Dans « Fierté et urgence », j’ajoute deux phrases à la fin du premier paragraphe :

Le dilemme n’est pas propre à l’Afrique. Mais il prend ici une résonance particulière : pour des nations qui veulent prouver qu’elles ont leur place à la table du sport mondial, renoncer n’est pas une option, et la facture sociale n’en est que plus sensible. La visibilité est réelle, et elle compte. Elle ne suffit plus.

Triple A : l’Afrique en vitrine, pas aux commandes

Chaque fois que l’Afrique est invitée, la question à poser est la même : qui écrit le récit, et qui fixe les règles ? Ici, le CIO présente Dakar comme l’étape d’un « rôle croissant » du continent dans le mouvement olympique. Le format, le calendrier, les cahiers des charges et les droits de ce marché ont été écrits ailleurs, et les hôtes africains les acceptent pour entrer dans la salle. Le continent fournit les stades, la ferveur et l’image d’ouverture. Il fournit aussi la facture des infrastructures, qui reste chez lui une fois les caméras parties.

Le comité d’organisation le reconnaît d’ailleurs en creux : le CIO et ses partenaires financent 60 % du budget opérationnel. C’est un geste réel, mais il porte sur l’événement, pas sur ce qui reste après. Le sport-business offre à l’Afrique une place sur la photo. Reste à savoir si elle y est sujet ou décor.

Fierté et urgence

Le dilemme n’est pas propre à l’Afrique. Mais il prend ici une résonance particulière : pour des nations qui veulent prouver qu’elles ont leur place à la table du sport mondial, renoncer n’est pas une option, et la facture sociale n’en est que plus sensible.

Reste le défi, pour Dakar comme pour Rabat demain : convaincre que l’événement laissera plus que des stades et des images. Un stade se livre en quelques mois. La confiance d’une jeunesse se gagne sur des années.

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