Trois ans après le début du conflit entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide, le Soudan reste le plus grand désastre humanitaire au monde. Berlin a promis de l'argent. Personne n'a promis la paix.
Le mot "oubliée" est déjà trop doux. Denise Brown, plus haute responsable de l'ONU au Soudan, l'a dit sans détour le 13 avril : il ne faut pas appeler ça une crise oubliée. C'est une crise abandonnée. Nuance décisive. L'oubli est involontaire. L'abandon est un choix.
Ce 15 avril marquait trois ans jour pour jour depuis que le général Al-Burhan et le général Hemetti ont décidé de régler leurs comptes sur le dos de 48 millions de Soudanais. Trois ans de famine, de massacres, de déplacements de masse. Trois ans pendant lesquels la communauté internationale a regardé ailleurs.
Berlin, les promesses et le silence sur la paix
La conférence réunie à Berlin ce mercredi a rassemblé 54 États. Résultat : 1,3 milliard d'euros promis en aide humanitaire, soit davantage que les 850 millions récoltés à Londres lors de la précédente réunion. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, y a vu un "signe positif". On veut bien le croire.
Mais les deux belligérants n'étaient pas à la table. Le gouvernement soudanais de Khartoum a qualifié la conférence d'ingérence "inacceptable", affirmant n'avoir pas été consulté. Les Forces de soutien rapide, elles, continuent d'être approvisionnées en armes — selon un laboratoire de recherche de l'université Yale — depuis une base en Éthiopie. Pendant ce temps, le représentant américain Massad Boulos appelle à "une pause de trois mois" dans les hostilités. Une pause. Pas une paix.
Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, a exigé un cessez-le-feu immédiat et la fin des "ingérences extérieures". Mais le "Quad" — États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte — a échoué depuis trois ans à imposer quoi que ce soit. L'Arabie saoudite, l'Égypte et la Turquie soutiennent l'armée. Les Émirats sont accusés d'armer les FSR. Tous nient.
Les chiffres d'un désastre
Plus de 13 millions de déplacés. Au moins 59 000 morts officiellement recensés — le chiffre réel se chiffre probablement en centaines de milliers, selon Wadephul lui-même. Plus de 11 000 personnes disparues depuis le début du conflit, d'après la Croix-Rouge. Près de 700 civils tués dans des frappes de drones depuis janvier 2025 seulement.
Plus de 20 millions de Soudanais souffrent de la faim aiguë — la moitié de la population. Le nombre d'enfants en situation de malnutrition sévère devrait atteindre 800 000. Dans un centre de Port-Soudan, le personnel soignant reçoit désormais 60 enfants gravement malnutris par semaine, contre 30 avant la guerre. Plusieurs partagent un même matelas.
Seuls 63 % des établissements de santé restent partiellement fonctionnels, selon l'OMS. Les prix du carburant ont bondi de 24 % depuis le début du conflit, entraînant avec eux le coût des denrées alimentaires.
Khartoum respire. Le Darfour saigne.
Reprise par l'armée début 2025, Khartoum connaît un semblant de retour à la vie. Les marchés ont rouvert. Les voitures circulent. Les examens de fin d'études secondaires se sont tenus. Quelque 4 millions de personnes ont pu rentrer chez elles, selon l'ONU. Mais rentrer ne signifie pas retrouver. "Les murs sont noirs. Ce ne sont plus les mêmes endroits", témoigne Al-Bachir Babker al-Bachir, 41 ans, revenu après trois ans d'absence.
Pendant ce temps, dans les régions du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, les FSR continuent de ravager des populations entières. En octobre 2024, plus de 6 000 personnes ont été tuées en trois jours lors de l'offensive sur El-Fasher. Des experts mandatés par l'ONU ont conclu que cette offensive présentait "les caractéristiques déterminantes d'un génocide".
Le mot a été dit. Il n'a pas suffi.
L'argent n'achète pas la paix
Amgad Ahmed, 42 ans, resté à Omdurman durant tout le conflit, résume ce que les chiffres ne diront jamais : "Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité." La population est "épuisée". Le terme de Tjada D'Oyen McKenna, directrice de l'ONG Mercy Corps, est peut-être le plus juste : "Il ne s'agit pas vraiment d'un retour à la normale. Il s'agit d'essayer de survivre dans une nouvelle normalité."
Berlin a collecté des fonds. C'est nécessaire. Ce n'est pas suffisant. Une conférence humanitaire sans les acteurs du conflit, sans mécanisme de pression réel, sans cessez-le-feu à l'horizon, c'est de la gestion de la catastrophe — pas de la résolution.
Le Soudan entre dans sa quatrième année de guerre. La communauté internationale, elle, entre dans sa quatrième année d'impuissance consentie.
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